Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/287

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
285
POÉTIQUES.

Ô tombeau, vous êtes mon père !
Et je dis aux vers de la terre :
Vous êtes ma mère et mes sœurs !

Mais les jours heureux de l’impie
Ne s’éclipsent pas au matin ;
Tranquille, il prolonge sa vie
Avec le sang de l’orphelin.
Il étend au loin ses racines ;
Comme un troupeau sur les collines,
Sa famille couvre Ségor ;
Puis dans un riche mausolée
Il est couché dans la vallée,
Et l’on dirait qu’il vit encor.

C’est le secret de Dieu : je me tais et j’adore.
C’est sa main qui traça les sentiers de l’aurore,
Qui pesa l’Océan, qui suspendit les cieux.
Pour lui l’abîme est nu, l’enfer même est sans voiles.
Il a fondé la terre et semé les étoiles :

Et qui suis-je à ses yeux ?




Mais la harpe a frémi sous les doigts d’Isaïe,
De son sein bouillonnant la menace à longs flots
S’échappe ; un Dieu l’appelle, il s’élance, il s’écrie :
Cieux et terre, écoutez ! silence au fils d’Amos !

Osias n’était plus : Dieu m’apparut ; je vis
Adonaï vêtu de gloire et d’épouvante :
Les bords éblouissants de sa robe flottante

Remplissaient le sacré parvis.