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DES SECONDES MÉDITATIONS.

J’étais le même homme ; j’avais le même âge ou un an de plus, la fleur de la jeunesse, vingt-six ans ; je n’avais ni gagné ni perdu une fibre de mon cœur ; ces fibres avaient les mêmes palpitations ; la plupart même des Méditations qui composaient ce second recueil avaient été écrites aux mêmes dates et sous le feu ou sous les larmes des mêmes impressions que les premières. C’étaient des feuilles du même arbre, de la même séve, de la même tige, de la même saison ; et cependant le public n’y trouva pas au premier moment la même fraîcheur, la même couleur, la même saveur. « Ce n’est plus cela, s’écriait-on de toutes parts ; ce n’est plus le même homme, ce ne sont plus les mêmes vers ! » C’est que si mes vers étaient encore aussi neufs pour ce public, ce public n’était plus aussi neuf pour mes vers.

C’est aussi que l’envie littéraire, éveillée par un premier grand succès surpris à l’étonnement des lecteurs, avait eu le temps de s’armer contre une récidive d’admiration et s’arma en effet de mon premier volume contre le second.

C’est enfin que mes admirateurs, même les plus bienveillants, étaient eux-mêmes en quelque sorte avares et jaloux de la vivacité d’impression qu’ils avaient éprouvée à la lecture de mes premières poésies, et que cette impression était si forte et si personnelle en eux, qu’elle les empêchait réellement d’éprouver une seconde fois une impression semblable ; comme une première odeur, respirée jusqu’à l’enivrement, empêche l’odorat de sentir une corbeille des mêmes fleurs.

Je compris cela du premier coup. Je ne suis pas né impatient, parce que je ne suis pas né ambitieux, bien que je sois né très-actif. J’attendis.