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PRÉFACE

Il me fallut attendre à peu près quinze ans. Pourquoi quinze ans ? me dites-vous. Parce qu’il me fallut attendre une génération de lecteurs nouveaux, et qu’il faut à peu près quinze ans chez nous pour qu’une nouvelle génération en politique, en littérature, en idées, en goût, remplace une autre génération, ou s’y mêle du moins en proportions suffisantes pour en modifier les sentiments. Les générations d’hommes ont trentre-trois ans, les générations d’esprits ont quinze ans.

Or, du moment où une génération d’esprits nouveaux, d’enfants, de jeunes gens, de jeunes femmes, eurent lu, non pas mon premier volume seulement comme la génération lisante de 1821, mais mes deux volumes à la fois, sans acception de date, sans préférence d’impressions reçues, sans privilége d’âge, sans comparaison de souvenirs, ces nouveaux lecteurs impartiaux trouvèrent (ce qui était vrai) mes premiers et mes seconds vers parfaitement semblables d’âme, d’inspiration, de défauts ou de qualités. Les deux volumes ne furent plus qu’une seule œuvre dans leur esprit, et furent les Méditations poétiques.

J’ai éprouvé ensuite, dans tout le cours de ma vie littéraire, politique, oratoire ou poétique, le même phénomène. Toujours, et par une sorte d’intermittence aussi régulière que le flux et le reflux de l’Océan, le flux ou le reflux de l’opinion et du goût s’est caractérisé envers moi par une faveur ou par une défaveur alternative. Toujours on s’est armé d’un volume contre un autre volume, d’un premier genre de mes poésies contre un nouveau genre, de l’approbation donnée à un de mes actes contre un second, de l’applaudissement soulevé par un de mes discours contre le discours qui suivait. Ainsi est faite l’opinion publique : elle ne veut pas reconnaître longtemps même son plaisir. Il faut