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MÉDITATIONS

Vois-tu de quelles fleurs j’ai couronné ma tête ?
Vois : ce front si longtemps chargé de mon ennui,
Orné pour mon trépas comme pour une fête,
Du bandeau solennel étincelle aujourd’hui.
On dit que dans ton sein… mais je ne puis le croire,
On échappe au courroux de l’implacable Amour ;
On dit que par tes soins si l’on renaît au jour,
D’une flamme insensée on y perd la mémoire.
Mais de l’abîme, ô dieu ! quel que soit le secours,
Garde-toi, garde-toi de préserver mes jours !
Je ne viens pas chercher dans tes ondes propices
Un oubli passager, vain remède à mes maux :
J’y viens, j’y viens trouver le calme des tombeaux.
Reçois, ô roi des mers, mes joyeux sacrifices !
Et vous, pourquoi ces pleurs ? pourquoi ces vains sanglots ?
Chantez, chantez un hymne, ô vierges de Lesbos !

Importuns souvenirs, me suivrez-vous sans cesse ?
C’était sous les bosquets du temple de Vénus :
Moi-même, de Vénus insensible prêtresse,
Je chantais sur la lyre un hymne à la déesse.
Au pied de ses autels soudain je l’aperçus.
Dieux ! quels transports nouveaux ! ô dieux ! comment décrire
Tous les feux dont mon sein se remplit à la fois ?
Ma langue se glaça, je demeurai sans voix,
Et ma tremblante main laissa tomber ma lyre.
Non, jamais aux regards de l’ingrate Daphné
Tu ne parus plus beau, divin fils de Latone ;
Jamais, le thyrse en main, de pampre couronné,
Le jeune dieu de l’Inde, en triomphe traîné,
N’apparut plus brillant aux regards d’Érigone.
Tout sortit… de lui seul je me souvins, hélas !
Sans rougir de ma flamme, en tout temps, à toute heure,
J’errais seule et pensive autour de sa demeure :