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MÉDITATIONS

Et l’amant de Sapho, fameux dans l’univers,
Aurait été, comme eux, immortel dans mes vers.
C’est pour lui que j’aurais, sur tes autels propices,
Fait fumer en tout temps l’encens des sacrifices,
Ô Vénus ! c’est pour lui que j’aurais nuit et jour
Suspendu quelque offrande aux autels de l’Amour.
C’est pour lui que j’aurais, durant des nuits entières
Aux trois fatales Sœurs adressé mes prières ;
Ou bien que, reprenant mon luth mélodieux,
J’aurais redit les airs qui lui plaisaient le mieux.
Pour lui j’aurais voulu, dans les jeux d’Ionie,
Disputer aux vainqueurs les palmes du génie.
Que ces lauriers brillants, à mon orgueil offerts,
En les cueillant pour lui m’auraient été plus chers
J’aurais mis à ses pieds le prix de ma victoire,
Et couronné son front des rayons de ma gloire.

Souvent, à la prière abaissant mon orgueil,
De ta porte, ô Phaon, j’allais baiser le seuil.
« Au moins, disais-je, au moins, si ta rigueur jalouse
Me refuse à jamais ce doux titre d’épouse,
Souffre, ô trop cher Phaon, que Sapho, près de toi,
Esclave si tu veux, vive au moins sous ta loi !
Que m’importe ce nom et cette ignominie,
Pourvu qu’à tes côtés je consume ma vie,
Pourvu que je te voie, et qu’à mon dernier jour
D’un regard de pitié tu plaignes tant d’amour ?
Ne crains pas mes périls, ne crains pas ma faiblesse :
Vénus égalera ma force à ma tendresse.
Sur les flots, sur la terre, attachée à tes pas,
Tu me verras te suivre au milieu des combats ;
Tu me verras, de Mars affrontant la furie,
Détourner tous les traits qui menacent ta vie,
Entre la mort et toi toujours prompte à courir…