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POÉTIQUES.

Trop heureuse, pour lui si j’avais pu mourir !
Lorsque enfin, fatigué des travaux de Bellone,
Sous la tente, au sommeil ton âme s’abandonne,
Ce sommeil, ô Phaon, qui n’est plus fait pour moi,
Seule me laissera veillant autour de toi ;
Et si quelque souci vient rouvrir ta paupière,
Assise à tes côtés durant la nuit entière,
Mon luth sur mes genoux soupirant mon amour,
Je charmerai ta peine, en attendant le jour. »
Je disais, et les vents emportaient ma prière ;
L’écho répétait seul ma plainte solitaire,
Et l’écho seul encor répond à mes sanglots.
Pleurez, pleurez ma honte, ô filles de Lesbos !
Toi qui fus une fois mon bonheur et ma gloire,
Ô lyre, que ma main fit résonner pour lui,
Ton aspect que j’aimais m’importune aujourd’hui,
Et chacun de tes airs rappelle à ma mémoire
Et mes feux, et ma honte, et l’ingrat qui m’a fui.
Brise-toi dans mes mains, lyre à jamais funeste !
Aux autels de Vénus, dans ses sacrés parvis,
Je ne te suspends pas : que le courroux céleste
Sur ces flots orageux disperse tes débris,
Et que de mes tourments nul vestige ne reste !
Que ne puis-je de même engloutir dans ces mers
Et ma fatale gloire, et mes chants, et mes vers !
Que ne puis-je effacer mes traces sur la terre !
Que ne puis-je aux enfers descendre tout entière,
Et, brûlant ces écrits où doit vivre Phaon,
Emporter avec moi l’opprobre de mon nom !

Cependant si les dieux, que sa rigueur outrage,
Poussaient en cet instant ses pas vers le rivage ;
Si de ce lieu suprême il pouvait s’approcher ;
S’il venait contempler, sur le fatal rocher