Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/340

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
338
MÉDITATIONS

Sapho, les yeux en pleurs, errante, échevelée,
Frappant de vains sanglots la rive désolée,
Brûlant encor pour lui, lui pardonnant son sort,
Et dressant lentement les apprêts de sa mort ;
Sans doute à cet aspect, touché de mon supplice,
Il se repentirait de sa longue injustice,
Sans doute par mes pleurs se laissant désarmer,
Il dirait à Sapho : « Vis encor pour aimer ! »
Qu’ai-je dit ? Loin de moi, quelque remords peut-être,
À défaut de l’amour, dans son cœur a pu naître ;
Peut-être dans sa fuite, averti par les dieux,
Il frissonne, il s’arrête, il revient vers ces lieux ;
Il revient m’arrêter sur les bords de l’abîme ;
Il revient !… il m’appelle… il sauve sa victime !…
Oh ! qu’entends-je ?… Écoutez… Du côté de Lesbos
Une clameur lointaine a frappé les échos !
J’ai reconnu l’accent de cette voix si chère,
J’ai vu sur le chemin s’élever la poussière !
Ô vierges, regardez ! Ne le voyez-vous pas
Descendre la colline et me tendre les bras ?
Mais non ! tout est muet dans la nature entière,
Un silence de mort règne au loin sur la terre ;
Le chemin est désert !… Je n’entends que les flots !
Pleurez, pleurez ma honte, ô filles de Lesbos !

Mais déjà, s’élançant vers les cieux qu’il colore,
Le soleil de son char précipite le cours.
Toi qui viens commencer le dernier de mes jours,
Adieu, dernier soleil ! adieu, suprême aurore !
Demain, du sein des flots vous jaillirez encore ;
Et moi je meurs ! et moi je m’éteins pour toujours !
Adieu, champs paternels ! adieu, douce contrée !
Adieu, chère Lesbos à Vénus consacrée !
Rivage où j’ai reçu la lumière des cieux ;