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POÉTIQUES.

Et dont l’éclat, voilé des ombres du mystère,
Me rappelle un regard qui brillait sur la terre.
Peut-être… ah ! puisse-t-il au céleste séjour
Porter au moins ce nom que lui donna l’amour !

Cependant la nuit marche, et sur l’abîme immense
Tous ces mondes flottants gravitent en silence,
Et nous-même avec eux emportés dans leur cours,
Vers un port inconnu nous avançons toujours.
Souvent pendant la nuit, au souffle du zéphyre,
On sent la terre aussi flotter comme un navire ;
D’une écume brillante on voit les monts couverts
Fendre d’un cours égal le flot grondant des airs ;
Sur ces vagues d’azur où le globe se joue,
On entend l’aquilon se briser sous la proue,
Et du vent dans les mâts les tristes sifflements,
Et de ses flancs battus les sourds gémissements ;
Et l’homme, sur l’abîme où sa demeure flotte,
Vogue avec volupté sur la foi du pilote !
Soleils, mondes errants qui voguez avec nous,
Dites, s’il vous l’a dit, où donc allons-nous tous ?
Quel est le port céleste où son souffle nous guide ?
Quel terme assigna-t-il à notre vol rapide ?
Allons-nous sur des bords de silence et de deuil,
Échouant dans la nuit sur quelque vaste écueil,
Semer l’immensité des débris du naufrage ?
Ou, conduits par sa main sur un brillant rivage,
Et sur l’ancre éternelle à jamais affermis,
Dans un golfe du ciel aborder endormis ?

Vous qui nagez plus près de la céleste voûte,
Mondes étincelants, vous le savez sans doute !