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MÉDITATIONS

Cet océan plus pur, ce ciel où vous flottez,
Laisse arriver à vous de plus vives clartés ;
Plus brillantes que nous, vous savez davantage ;
Car de la vérité la lumière est l’image.
Oui, si j’en crois l’éclat dont vos orbes errants
Argentent des forêts les dômes transparents,
Ou qui, glissant soudain sur des mers irritées,
Calme en les éclairant les vagues agitées ;
Si j’en crois ces rayons qui, plus doux que le jour,
Inspirent la vertu, la prière, l’amour,
Et, quand l’œil attendri s’entr’ouvre à leur lumière,
Attirent une larme aux bords de la paupière ;
Si j’en crois ces instincts, ces doux pressentiments
Qui dirigent vers vous les soupirs des amants,
Les yeux de la beauté, les rêves qu’on regrette,
Et le vol enflammé de l’aigle et du poëte,
Tentes du ciel, Édens, temples, brillants palais,
Vous êtes un séjour d’innocence et de paix !
Dans le calme des nuits, à travers la distance,
Vous en versez sur nous la lointaine influence.
Tout ce que nous cherchons, l’amour, la vérité,
Ces fruits tombés du ciel, dont la terre a goûté,
Dans vos brillants climats que le regard envie
Nourrissent à jamais les enfants de la vie ;
Et l’homme un jour peut-être, à ses destins rendu,
Retrouvera chez vous tout ce qu’il a perdu.
Hélas ! combien de fois seul, veillant sur ces cimes
Où notre âme plus libre a des vœux plus sublimes,
Beaux astres, fleurs du ciel dont le lis est jaloux,
J’ai murmuré tout bas : Que ne suis-je un de vous !
Que ne puis-je, échappant à ce globe de boue,
Dans la sphère éclatante où mon regard se joue,
Jonchant d’un feu de plus le parvis du saint lieu,
Éclore tout à coup sous les pas de mon Dieu,