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POÉTIQUES.

Le messager divin s’avance vers la tente
Où Clovis, qu’entourait sa garde vigilante,
Commençait à goûter les nocturnes pavots :
Clodomir et Lisois, compagnons du héros,
Debout devant la tente, appuyés sur leur lance,
Gardaient l’auguste seuil, et veillaient en silence.
Mais de la palme d’or qui brille dans sa main
L’ange, en touchant leurs yeux, les assoupit soudain :
Ils tombent ; de leur main la lance échappe et roule,
Et sous son pied divin l’ange en passant les foule.

Du pavillon royal il franchit les degrés.
Sur la peau d’un lion, dont les ongles dorés
Retombaient aux deux bords de sa couche d’ivoire,
Clovis dormait, bercé par des songes de gloire.
L’ange, de sa beauté, de sa grâce étonné,
Contemple avec amour ce front prédestiné :
Il s’approche, il retient son haleine divine,
Et sur le lit du prince en souriant s’incline.
Telle une jeune mère, au milieu de la nuit,
De son lit nuptial sortant au moindre bruit,
Une lampe à la main, sur un pied suspendue,
Vole à son premier-né, tremblant d’être entendue,
Et, pour calmer l’effroi qui la faisait frémir,
En silence longtemps le regarde dormir ;
Tel des ordres d’en haut l’exécuteur fidèle,
Se penchant sur Clovis, l’ombrageait de son aile.
Sur le front du héros il impose ses mains :
Soudain, par un pouvoir ignoré des humains,
Dénouant sans efforts les liens de la vie,
Des entraves des sens son âme se délie :
L’ange, qui la reçoit, dirige son essor,
Et le corps du héros paraît dormir encor.