Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/518

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
516
MÉDITATIONS

Et que je puis en paix les combler à plaisir
De contemplations, de chants et de loisir,
Qu’entre le firmament et mon œil qui s’y lève
Aucun plafond jaloux n’intercepte mon rêve,
Et que j’y vois surgir ses feux sur les coteaux,
Comme de blanches nefs à l’horizon des eaux ;
Rassasié de paix, de silence et d’extase,
Le limon de mon cœur descend au fond du vase ;
J’entends chanter en moi les brises d’autrefois,
Et je me sens tenté d’essayer si mes doigts
Pourront, donnant au rhythme une âme cadencée,
Tendre cet arc sonore où vibrait ma pensée.
S’ils ne le peuvent plus, que ces vers oubliés
Aillent au moins frémir et tomber à tes piés !

Enfant aux blonds cheveux, jeune homme au cœur de cire,
Dont la lèvre a le pli des larmes ou du rire,
Selon que la beauté qui règne sur tes yeux
Eut un regard hier sévère ou gracieux ;
Poétique jouet de molle poésie,
Qui prends pour passion ta vague fantaisie,
Bulle d’air coloré dans une bulle d’eau
Que l’enfant fait jaillir du bout d’un chalumeau,
Que la beauté rieuse avec sa folle haleine
Élève vers le ciel, y suspend, y promène,
Pour y voir un moment son image flotter,
Et qui, lorsqu’en vapeur elle vient d’éclater,
Ne sait pas si cette eau, dont elle est arrosée,
Est le sang de ton cœur ou l’eau de la rosée ;
Émule de Byron, au sourire moqueur,
D’où vient ce cri plaintif arraché de ton cœur ?
Quelle main, de ton luth en parcourant la gamme,
A changé tout à coup la clef de ta jeune âme,