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MÉDITATIONS

L’homme répondra-t-il, quand le souverain maître
Lui crîra dans son cœur : « Pourquoi t’ai-je fait naître ? »
» Qu’as-tu fait pour le temps, pour le ciel et pour moi ?
» — J’ai ri de l’univers, de toi-même, et de moi ! »




Honte à qui croit ainsi jouer avec sa lyre,
La vie est un mystère, et non pas un délire.




Après l’avoir nié, — toi-même tu le sens.
Dans un des lourds réveils de l’ivresse des sens,
Sentant ton cœur désert, ton front brûlant et vide,
Tu tournes dans tes doigts le fer du suicide ;
Mais, avant de mourir, tu veux savoir de moi
Si j’ai souffert, aimé, déliré comme toi,
Et comment j’ai passé, par ces crises du drame,
Des tempêtes des sens aux grands calmes de l’âme,
Et comment sur les flots je me suis élevé,
Et quel phare divin mes doutes ont trouvé,
Et de quel nom je nomme et de quel sens j’adore
Ce Dieu que ma pensée en sa nuit vit éclore,
Ce Dieu dont la présence, aussitôt qu’il nous luit,
Comble tout précipice, éclaire toute nuit.




Triste serait l’accent, et cette longue histoire
Remûrait trop de cendre au fond de ma mémoire.