Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/544

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
542
MÉDITATIONS


À pas lents, la tête baissée,
Le vieillard reprend son chemin,
Seul, et roulant dans sa pensée
L’injustice du genre humain.
En marchant, sous son bras il presse
Sa lyre sainte et vengeresse,
Qui résonne comme un carquois ;
Et sur un écueil de la plage
Il va s’asseoir près du rivage,
Pleurant et chantant à la fois.

« Reptiles qui vivez de gloire,
Disait-il, déchirez mes jours !
Souillez d’avance ma mémoire
D’un poison qui ronge toujours !
Sifflez, vils serpents de l’envie !
De ma fortune et de ma vie
Arrachez le dernier lambeau,
Jusqu’à ce que les Euménides
Écrasent vos têtes livides
Sur la pierre de mon tombeau !

« Tel est donc le sort, ô nature,
Que tu garde à tes favoris ?
De tout temps l’outrage et l’injure
Sont le pain dont tu les nourris.
Sitôt qu’un des fils de Mémoire
Élève ses mains vers la gloire,
Un cri s’élève : il doit périr !
Semblable aux chiens de Laconie,
La haine dispute au génie
Un seuil qu’elle ne peut franchir.