Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/225

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
224
RAPHAËL

téré n’était-il que là ? peut-être Dieu ne m’en montrait-il une lueur près de s’éteindre sur la terre que pour me le faire poursuivre, à la trace de ce rayon, jusqu’à la tombe et jusqu’au ciel ?

« Ne rêvez pas ainsi, me dit-elle, mais écoutez-moi ! » Elle dit cela non avec l’accent d’une amante qui joue le sérieux dans la voix, mais du ton d’une mère jeune encore qui s’adresse à un fils ou d’une sœur qui parle raison à un frère moins âgé. « Je ne veux pas que vous vous attachiez à une vaine espérance, à, une illusion, à un songe ; je veux que vous sachiez à qui vous engagez si témérairement un cœur que je ne pourrais retenir qu’en le trompant. Le mensonge m’a toujours été si odieux et si impossible, que je ne voudrais pas même de la suprême félicité du ciel s’il fallait tromper le ciel pour y entrer. Un bonheur dérobé ne serait pas pour moi un bonheur, mais un remords. »

Elle avait en parlant ainsi une telle candeur grave sur les lèvres, une telle sincérité dans l’accent, une telle limpidité dans les yeux, que je crus d’avance à tout ce qu’elle allait me dire. Je m’étendis à demi sur les bords de la meule de foin, à ses pieds, accoudé sur la terre, ma tête appuyée sur la paume de ma main, les yeux sur ses lèvres, dont je ne voulais perdre ni une inflexion, ni un mouvement, ni un soupir.

XXXI

« Je suis née, dit-elle, au delà des mers, comme Virginie, car l’imagination du poëte a fait une patrie à sa création, dans une des îles des tropiques. Vous devez le voir à la couleur de mes cheveux, à mon teint plus pâle que celui des femmes d’Europe ; vous devez l’entendre à mon accent,