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RAPHAËL

religion, après avoir attendri son cœur ; les délices et les angoisses de la passion devaient bientôt y faire éclore l’adoration et la prière, ces deux parfums de l’âme qui brûle et qui languit : l’un plein d’ivresse, l’autre plein de larmes ; tous deux divins ! Je n’étais pas grand théologien, mais j’avais la conviction inébranlable de l’existence et de la grandeur de Dieu. Ma foi en lui n’était pas une foi, c’était une évidence. Je souffrais de voir la plus belle de ses créations aveugle, sourde et muette, ne pas sentir ce qu’elle manifestait elle-même mieux qu’un ciel.

XLVII

Cependant le bonheur, la solitude à deux, cet Éden des âmes heureuses, la découverte qu’elle faisait tous les jours en moi de quelque abîme dévoilé de ma pensée correspondant aux mystères de sa propre nature ; cet air d’automne dans les montagnes qui conservent, comme des poëtes chauffés pendant l’été, les tiédeurs du soleil jusque près des neiges ; ces courses lointaines dans les chalets et sur les eaux ; le balancement de la barque ou le doux bercement du dos des mulets, qui ressemble à celui des vagues légères et lentes de la mer ; le lait de ces pâturages qu’on lui apportait tout écumant, matin et soir, dans des coupes de bois de hêtre sculptées par les bergers ; et par-dessus tout, cette exaltation calme, ce délire paisible, ce vertige continu d’une âme qu’un premier amour soulève de la terre comme sur des ailes et promène de pensées en pensées à travers un nouveau ciel, dans un perpétuel épanouissement de joie ; tout cela rétablissait visiblement sa santé. Du soir au matin on la voyait rajeunir. C’était comme une convalescence de l’âme qui se communiquait à