Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/270

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RAPHAËL

voilà la longue mort de la séparation qui va commencer pour moi, » dit-elle en me montrant du doigt les lettres au timbre de Genève et de Paris.

Son mari lui écrivait qu’il commençait à s’inquiéter de sa longue absence dans une saison qui pouvait devenir rigoureuse d’un jour à l’autre, qu’il se sentait s’affaiblir lui-même de mois en mois, qu’il désirait l’embrasser et la bénir avant de mourir. L’autre lettre était du médecin de Genève, qui devait venir la prendre pour la ramener à Paris. Il lui écrivait qu’il était obligé de partir précipitamment pour aller soigner un prince souverain d’Allemagne qui réclamait ses soins ; qu’il lui envoyait à, sa place un homme respectable et sûr qui l’accompagnerait à Paris, et qui lui servirait de valet de chambre et de courrier pendant la route. Cet homme était arrivé. Le départ était fixé pour le surlendemain.

Ces nouvelles, quoique pressenties tous les jours, nous frappèrent comme si elles n’eussent dû jamais venir. Nous passâmes une longue soirée et presque la moitié de la nuit en silence, les yeux secs, accoudés l’un devant l’autre sur la petite table, n’osant ni nous regarder ni nous parler, de peur de fondre en larmes, et n’interrompant cette longue agonie muette de nos pensées que par quelques paroles décousues et distraites prononcées d’une voix creuse et sourde. Je résolus à l’instant de partir aussi.

LIV

Le lendemain était la veille de notre séparation. Le jour, comme par ironie, se leva plus splendide et plus chaud qu’il ne l’avait été dans les plus sereines matinées d’octobre.