Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 32.djvu/368

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RAPHAËL

tranchait tout à coup au moment où l’on croyait en avoir triomphé. Cette lettre renfermait de plus une consultation et une ordonnance de son médecin et du mien, le compatissant docteur Alain.

Cette ordonnance m’imposait, dans les termes les plus impératifs et sous les menaces les plus alarmantes, une longue saison des bains d’Aix. J’avais montré cette consultation du docteur Alain à ma mère, pour motiver mon départ. Elle en avait conçu un si grand trouble de cœur, qu’elle ne cessait de joindre ses prières aux injonctions des médecins pour me forcer à partir. Mais, hélas ! je ne pouvais trouver la faible somme strictement nécessaire à mon voyage.

Mais ma mère, en une nuit, trouva dans son cœur la ressource qu’un cœur de mère pouvait seul trouver.

CXXXII

Il y avait, à un des angles du pauvre jardin qui entourait de deux côtés la maison paternelle, un petit bouquet d’arbres composé de deux ou trois tilleuls, d’un chêne vert, de sept ou huit tortueuses charmilles, reste d’un bois planté depuis des siècles, et qu’on avait respecté sans doute comme le génie du lieu, quand on avait défriché la colline, bâti la maison, muré le jardin. Ces beaux arbres étaient le salon en plein air de la famille les jours d’été. Leurs bourgeons au printemps, leurs nuances en automne, leurs feuilles mortes l’hiver remplacées par le givre qu’ils portaient sur leurs vieilles branches comme des cheveux blancs, nous marquaient les saisons. Leur ombre, qui se repliait sous leur pied, ou qui s’allongeait sur la plate bande de gazon régnant alentour, nous marquait les heures