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RAPHAËL

de ces lettres ne m’annonçât qu’elle était partie de Paris et qu’elle approchait.

Je m’assis sur le monceau de paille ; j’allumai la chandelle en brûlant une amorce de mon fusil ; je décachetai l’enveloppe. Je m’aperçus seulement alors que le cachet de cette première enveloppe était noir, et que l’adresse était de l’écriture du docteur Alain. Ce deuil à la place de la joie que j’attendais me fit frissonner. Les autres lettres contenues dans un pli séparé glissèrent de ma main sur mes genoux. Je n’osais lire un mot de plus, de peur d’y trouver… hélas ! ce que ni la main, ni les yeux, ni le sang, ni les larmes, ni la terre, ni le ciel ne pouvaient plus en effacer… la mort !… Je lus cependant, à travers un tremblement de mon âme qui faisait danser les syllabes sur le papier, ces seuls mots :

Soyez homme ! résignez-vous à la volonté de Celui dont les desseins ne sont pas nos desseins ; n’attendez plus personne !… Ne la cherchez plus sur la terre ; elle est remontée au ciel en vous nommant… Jeudi, au lever du soleil… Elle m’a tout dit avant de mourir… Elle m’a chargé de vous envoyer ses dernières pensées ; elle a écrit jusqu’à la minute où sa main s’est glacée sur votre nom… Aimez-la dans ce Christ qui nous a aimés jusqu’à la mort, et vivez pour votre mère !…

« ALAIN. »
CXLI

Je tombai inanimé sur la paille. Je ne revins à moi qu’à la fraîcheur glaciale du vent de minuit sur mon front. La chandelle brûlait encore. La lettre du médecin était serrée