Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/174

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chrétien, prit pitié de moi et du chagrin de Scheik-Ibrahim ; il jette par terre le cheval à moitié mort aussi de froid et de fatigue, l’assomme, lui ouvre le ventre, et me met sans connaissance dans sa peau, ne me laissant que la tête dehors. Au bout d’une demi-heure, je repris mes sens, fort étonné de me sentir ressusciter, et de me voir dans une pareille position. La chaleur me rendit l’usage de la parole, et je remerciai vivement Scheik-Ibrahim et le bon Arabe ; je repris courage et retrouvai la force de marcher. Peu après, nos guides s’écrièrent : Voici le village ! et nous entrâmes dans la première maison. — C’était celle d’un maréchal ferrant, nommé Hanna-el-Bitar. — Il prit le plus vif intérêt à notre situation, s’empressa de nous couvrir tous les deux de fiente de chameau, et nous donna goutte à goutte un peu de vin : ayant ainsi ranimé en nous la force et la chaleur, il nous retira de notre fumier, nous mit au lit, et nous fit prendre une bonne soupe. — Après un repos indispensable, nous empruntâmes deux cents piastres pour payer nos guides et nous rendre à Damas, où nous arrivâmes le 23 décembre 1810.

M. Chabassan, médecin français, le seul Franc qu’il y eût à Damas, nous donna l’hospitalité ; mais comme nous devions y passer l’hiver, nous nous établîmes plus tard dans le couvent des lazaristes, qui était abandonné.

Je ne décrirai pas la célèbre ville de Scham[1] (Damas), cette porte de la gloire (Babel Cahbé), comme l’appellent les Turcs. Notre long séjour nous a mis à même de la con-

  1. Scham signifie soleil.