Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/175

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naître à fond ; mais elle a été trop souvent visitée par les voyageurs pour offrir un intérêt nouveau. Je reviens à mon récit.

Un jour, étant au bazar pour passer le temps à la manière turque, nous voyons accourir à nous un Bédouin, qui nous embrasse en disant : « Ne reconnaissez-vous pas votre frère Hettall, qui a mangé votre pain à Nouarat-el-Nahman ? » Enchantés de la rencontre, nous le conduisîmes chez nous, et, l’ayant bien régalé et questionné, nous apprîmes que les affaires de la tribu de Hassnné allaient fort mal, et que la ligue contre elle s’étendait chaque jour davantage. Hettall nous raconta qu’il était de la tribu de Would-Ali, dont le chef Douhi nous était connu. Cette tribu passe l’hiver aux territoires de Sarka et de Balka ; elle s’étend depuis le pays d’Ismaël jusqu’à la mer Morte, et revient dans le Horan au printemps. Il nous proposa de la visiter, répondant de nous, et nous promettant un bon débit de nos marchandises. Ayant accepté, il fut convenu qu’il viendrait nous chercher au mois de mars.

Scheik-Ibrahim, par l’entremise de M. Chabassan, ayant reçu d’Alep un group de mille talaris, me fit faire de nouveaux achats. Lorsqu’ils furent terminés, je les lui montrai, en lui demandant s’il nous en resterait quelque chose au retour. — « Mon cher fils, me répondit-il, la connaissance de chaque chef de tribu me rapporte plus que toutes mes marchandises. Tranquillisez-vous : vous aussi vous aurez votre bénéfice en argent et en réputation. Vous serez renommé dans votre siècle, mais il faut que je connaisse toutes les tribus et leurs chefs. Je compte sur vous pour