Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/18

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forme du gouvernement, de la quotité de l’impôt. Ils y rendaient leurs comptes, et faisaient des règlements pour l’administration et la justice. L’existence et les prétentions de ce corps aristocratique furent un obstacle à l’affranchissement complet et au développement plus rapide des destinées de la Servie. L’unité est la condition vitale d’un peuple armé en présence de ses ennemis ; l’indépendance veut un despote pour s’établir ; la liberté civile veut des corps délibérants. Si les Serviens eussent été mieux inspirés alors, ils auraient élevés Kara-George au-dessus de tous ses rivaux, et concentré les pouvoirs dans la même main. Les hospodars sentaient bien qu’un chef unique était nécessaire ; mais chacun d’eux désirait que ce chef fût faible, pour avoir l’espérance de le dominer. Les choix des sénateurs se ressentirent de cette pensée secrète. Ils espérèrent que ce corps leur servirait contre George ; George espérait qu’il lui servirait contre les hospodars. Les guerres sourdes commencèrent entre les libérateurs de la Servie.

Le plus éloquent des sénateurs, Mladen Milowanowitsch, avait conquis, par l’influence de sa parole, la discussion principale des affaires dans le sénat. Enrichi par le pillage de Belgrade, et maître du commerce extérieur par les douanes du Danube, dont il avait pris la ferme, il faisait ombrage à Kara-George et à ses partisans. Le sénat, remué par eux, se souleva contre Milowanowitsch, qui se retira, plein de pensées de vengeance, à Doligrad. Il dénonça secrètement à George les sourdes intrigues de la Russie et des Grecs contre lui. Kara-George le crut, le rappela à Belgrade, résolut la guerre contre les Bosniaques, et ouvrit la campagne de 1809 en entrant en Bosnie.