Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/208

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Un événement tragique arriva au passage de l’Euphrate. Une femme et deux enfants montés sur un chameau furent emportés par le courant, sans qu’il fût possible de leur porter secours. Nous trouvâmes la Mésopotamie couverte des tribus de Bassora et de Bagdad. Leurs chefs venaient chaque jour complimenter le drayhy sur sa victoire, et faire connaissance avec nous ; car la renommée de Scheik-Ibrahim était arrivée jusqu’à eux. Ils lui savaient gré d’avoir conseillé la guerre contre les Wahabis, dont la cupidité et les exactions leur étaient intolérables. Leur roi, Ebn-Sihoud, avait l’habitude d’envoyer un mézakie compter les troupeaux de chaque individu et en prendre le dixième, choisissant toujours ce qu’il y avait de mieux ; ensuite il faisait fouiller les tentes, depuis celle du scheik jusqu’à celle du dernier malheureux, pour trouver l’argent caché, dont il voulait aussi la dîme. Il était surtout odieux aux Bédouins, parce que, fanatique à l’excès, il exigeait les ablutions et les prières cinq fois par jour, et punissait de mort ceux qui s’y refusaient. Lorsqu’il avait forcé une tribu à faire la guerre pour lui, loin de partager avec elle les gains et les pertes, il s’emparait du butin, et ne laissait à ses alliés que les morts à pleurer. C’est ainsi que peu à peu les Bédouins devenaient esclaves des Wahabis, faute d’un chef capable de tenir tête à Ebn-Sihoud.

Nous campâmes sur un terrain appelé Nain-el-Raz, à trois journées de l’Euphrate. Là l’émir Farès-el-Harba, chef de la tribu El-Harba, du territoire de Bassora, vint faire alliance offensive et défensive avec le drayhy. Lorsque des chefs ont à traiter quelque affaire importante, ils sortent du camp et tiennent leur conférence à l’écart : cela s’appelle