Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/280

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Le septième jour, ayant pris congé de Sahid, nous nous remîmes en marche pour regagner la Syrie avant les chaleurs de l’été. Nous marchions rapidement et sans précautions, lorsqu’un jour, dans la province de Karman, nos bestiaux furent enlevés, et le lendemain nous fûmes attaqués nous-mêmes par une tribu puissante, commandée par l’émir Redaini, qui s’institue le gardien du kalifat de Perse : c’est un homme impérieux et jaloux de son autorité. Ces Bédouins, fort supérieurs en nombre, nous étaient de beaucoup inférieurs en courage et en tactique ; nos troupes se trouvaient bien mieux commandées. La position du drayhy était extrêmement critique. Nous étions perdus, si l’ennemi obtenait le moindre avantage : tous ces Bédouins du Karman nous auraient entourés comme d’un réseau, dont il n’aurait pas été possible de s’échapper. Il vit donc la nécessité d’imprimer le respect par une victoire décisive qui leur ôtât à l’avenir l’envie de se mesurer avec lui ; il prit les dispositions les plus habiles et les mieux combinées pour faire triompher le courage sur le nombre ; il déploya toutes les ressources de son génie militaire et de sa longue expérience, et fit lui-même des prodiges de valeur : jamais il n’avait été plus calme dans le commandement et plus impétueux dans le combat. Aussi l’ennemi, vaincu, fut-il obligé de battre en retraite, nous laissant libres de continuer notre voyage. Toutefois le drayhy, pensant qu’il ne serait pas prudent de laisser derrière lui une tribu hostile, quoique battue, ralentit sa marche, et envoya un courrier à l’émir Sahid pour l’instruire de ce qui venait de se passer. Ce messager nous rejoignit au bout de quelques jours, rapportant au drayhy une lettre fort amicale, qui en contenait une seconde adressée à Redaini, conçue en ces termes :