Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/327

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lors de son mariage avec sa cousine Djida. — Insensée ! s’écria son père d’un air courroucé, qui vous en a fait le récit ?… Non, mon neveu, ajouta-t-il, nous ne voulons pas suivre cet exemple. » Mais Antar, heureux de voir pour la première fois son oncle si bienveillant à son égard, et désirant satisfaire sa cousine, la pria de lui raconter les détails de cette noce.

« — Voici, dit-elle, ce que m’ont rapporté les femmes qui sont venues me complimenter sur votre retour : Kaled, le jour de son mariage, a tué mille chameaux et vingt lions, ces derniers de sa propre main. Les chameaux appartenaient à Malaeb-el-Assné, émir renommé parmi les plus vaillants guerriers. Il a nourri pendant trois jours trois grandes tribus qu’il avait conviées. Chaque plat contenait un morceau de la chair des lions. La fille du roi Eben-el-Nazal conduisait par son licol la naka[1] que montait Djida. — Quoi donc de si admirable dans tout cela ? reprit Antar. Par le roi de Lanyam et le Hattim ! nulle autre ne conduira votre naka que Djida elle-même, la tête de son mari dans un sac pendu à son cou. »

Mallek gronda sa fille d’avoir entamé ce sujet, feignant d’en être mécontent ; tandis que c’était lui qui, secrètement, avait engagé ces femmes à donner tous ces détails à Ablla, pour jeter Antar dans l’embarras. Après le serment de son neveu, satisfait et désirant rompre la conversation, il lui fit verser du vin, espérant qu’il s’engagerait de plus en plus vis-à-vis de sa fille.

  1. Chamelle.