Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/39

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Ils lui donnèrent enfin un beau couteau
À lame, enfermé dans un étui d’argent.
Quand la jeune épouse de Paul vit ceci,
L’envie s’alluma dans son cœur,
Et, courroucée, elle dit à l’épouse de Radul :
« Belle-sœur, ma belle sœur,
Dis, ne connais-tu pas quelque herbe haineuse,
Dont je puisse diviser cet amour de frère ? »
Et l’épouse de Radul lui répondit :

« Pour Dieu ! que dis-tu là, ma belle-sœur ?
Je ne connais aucune plante haineuse ;
Et j’en connaîtrais, que je ne te les nommerais pas !…
Ma sœur m’aime, et plus d’une fois
Elle m’a donné des marques de tendresse. »
Quand l’épouse de Paul ouït ce discours,
Elle alla auprès des chevaux dans la prairie,
Et traîtreusement elle donna un coup au coursier ;
Et, courant vers son époux et maître, elle s’écria :

« Pour ton malheur, tu as aimé ta sœur !
Pour ton malheur, tu l’as gratifiée !
Sur la prairie, elle vient de percer le flanc de ton coursier. »

Paul alors questionnant sa sœur :
« Pourquoi cela ? Sœur, que Dieu t’en punisse !… »

La sœur jura par tout ce qui lui était cher :