Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/40

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« Ce n’est pas moi, frère ! sur ma vie ;
Oui, sur ma vie aussi bien que sur la tienne ! »
Et le frère crut aux serments de sa sœur.
Quand la jeune épouse de Paul vit ceci,
Elle alla pendant la nuit dans la fauconnerie ;
Elle coupa la tête au gris faucon de Paul,
Et, se présentant le lendemain devant son époux :

« Pour ton malheur, tu as aimé ta sœur !
Pour ton malheur, tu l’as gratifiée d’un couteau !
Voici qu’elle a coupé la tête à ton faucon. »

Paul, irrité, questionna Jélitza sa sœur :
« Pourquoi cela ? Sœur, que Dieu te punisse ! »

La sœur jura par tout ce qui lui était cher :
« Mon frère, ce n’est pas moi ! sur ma vie,
Sur ma vie comme sur la tienne ! »
Et le frère crut encore aux serments de sa sœur.
Lorsque la jeune épouse de Paul vit ceci,
Elle se glissa le soir, après le souper,
Près de la belle-sœur, et, lui dérobant le couteau d’or,
Elle en frappa son propre enfant au berceau.
Mais quand l’aube du matin parut,
Elle se précipita en criant vers son époux,
Criant et se déchirant le visage :

« Oh ! pour ton malheur, tu as aimé cette sœur !