Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/41

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Pour un plus grand encore, tu l’as gratifiée !
Dans le berceau elle a égorgé ton enfant !…
Mais ne veux-tu pas me croire ?
Visite toi-même le couteau qu’elle porte à sa ceinture ! »
Paul s’élança comme saisi de fureur :
Il monta vers les chambres hautes,
Où dormait sa sœur étendue sur ses coussins.
Sous sa tête était placé le couteau d’or ;
Le frère le prit alors,
Il le tira hors de l’étui d’argent…
Et le couteau était baigné de sang !…

Quand le noble Paul vit ceci,
Il saisit la main de sa sœur :
« Ma sœur, que Dieu te foudroie !
Que tu m’eusses tué mon coursier aux champs,
Mon noble faucon dans la fauconnerie :
Mais pourquoi tuer mon doux enfant au berceau ? »

Sa sœur jura partout ce qui lui était cher :
« Non, frère, ce ne fut pas moi ! sur ma vie,
Sur ma vie aussi bien que sur la tienne !
Mais ne veux-tu pas me croire ?
Conduis-moi aux champs, en rase campagne ;
Là, attache-moi à la queue de tes coursiers,
Et qu’ils me déchirent de quatre côtés ! »

Mais cette fois le frère ne crut point sa sœur ;