Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/48

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Sangle-le-moi de sangles d’argent,
Et bride-le d’une bride tissue de soie et d’or. »
Quand le coursier fut harnaché,
Théodore sortit, et, s’élançant en selle,
Il galope le long des rives de la paisible Morawa,
Et il descend jusque dans la plaine Ressawa.
En arrivant au torrent de la Ressawa,
Il retrouva les trente vierges,
Et parmi elles la belle Ikonia.
Alors, contrefaisant le malade, le héros les appelle,
Les salue, et leur souhaite l’aide de Dieu :
« L’aide de Dieu soit avec vous, belles vierges ! »
Et elles répondirent avec politesse :
« Que Dieu te soit aussi favorable, guerrier étranger ! »

« Belles filles, pour l’amour du Seigneur,
Donnez-moi donc une coupe pleine d’eau !
Je suis travaillé d’une fièvre ardente,
Et je ne puis descendre de mon alezan ;
Car ce coursier a la mauvaise habitude
De ne jamais se laisser monter deux fois. »

Ikonia le plaignit de tout son cœur,
Et lui répondit d’une voix douce :
« Oh ! pour Dieu, ne fais point cela, guerrier étranger !
La Ressawa a des eaux froides et malsaines ;
Elles ne sont point bonnes même pour un guerrier en santé,
Encore moins pour celui qui a la fièvre.
Mais attends un peu, je vais te chercher du vin. »