Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 8.djvu/57

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Hajkuna les porta dans la salle du trésor.
Mais le beg jeta lui-même le guerrier en prison,
À trois cents pieds de profondeur,
Où l’eau et la fange lui montaient jusqu’aux genoux,
Et les ossements des morts jusqu’aux épaules.

Alors le beg se rendit dans la nouvelle hôtellerie ;
Il s’y rendit pour boire avec ses compagnons,
Et pour se vanter, devant les Turcs d’Udbinja,
De la riche proie qu’il avait faite.
Aussitôt lestement se lève la belle Hajkuna ;
Elle se glisse sans bruit vers l’entrée du cachot ;
Elle porte avec elle une cruche de vin,
La fait descendre avec des cordes dans la geôle,
Et crie à plein gosier au prisonnier :

« Guerrier étranger, que Dieu te protége !
D’où es-tu ? De quelle contrée ?
Qui es-tu ? Quel est ton nom ?
Comment as-tu été surpris par les Turcs,
Qu’ils t’aient captivé malgré tes armes ? »

Stojan prit la cruche de vin et but.
Ensuite il répondit ainsi à la jeune fille :
« Qui m’appelle ainsi dehors ?
Hélas ! l’ivresse m’avait lié les membres !
Fais descendre la corde plus bas ;