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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

car, au nom de Picounoc, elle se souleva à demi sur sa chaise et dit :

— Vraiment, M. le curé, vous avez l’histoire de Picounoc le Maudit dans votre bibliothèque, que vous avez donc là un beau livre !

Le curé, à ce compliment inattendu, se mit à sourire, et la vieille, sans plus tarder, s’employa à repasser toute la généalogie de la famille St-Pierre, dont elle prétendait que Picounoc était un des descendants et, le plus piquant de l’histoire, c’est qu’elle réclamait une parenté avec le personnage du roman de Pamphile Lemay.

Le curé Bédard finit l’écrit de la vieille, le lui remit et alla la reconduire à la porte.

À son retour, il y eut éclat de rire général et tous firent compliment au curé Bédard sur les beaux livres qu’il possédait dans sa bibliothèque et d’avoir comme paroissienne une descendante de Picounoc le Maudit.

— Eh ! disait l’un, pourquoi blâmer une femme d’aimer à lire l’histoire d’un membre illustre de sa famille ?

— Le sang est plus épais que l’eau, disait l’autre.

Et il y eut feu roulant de propos appropriés.

Moi, pour ma part, je vivais des minutes de contentement en voyant cette franche gaieté régner parmi ce groupe d’hommes qui consacraient, dans les


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