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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

Le juge prend les feuillets, regarde, et sa figure s’illumine de satisfaction.

— Je te donne dix dollars pour cela, dit-il.

L’ami accepte et se retire satisfait de sa vente, tandis que le juge, resté seul, se met à gambader, à gesticuler dans des transports de joie délirante.

Il avait oublié la gravité que requérait sa qualité de juge devant un chiffon de papier sali par l’âge, mais dont la valeur était inestimable selon son jugement, à cause de sa rareté.

Cette histoire du juge n’avait pas lieu de m’étonner, car j’ai été à même, souvent, d’éprouver ces joies de bibliophile.

Voici un exemple : je me rendis, un jour, chez un client, pour achever une vente de meubles.

En entrant dans la maison, mes regards furent attirés par une petite table, tassée dans le coin, sur laquelle il y avait quantité de papiers étendus.

Tout à coup, je tressaillis d’émotion : il y avait là, sur cette table, plusieurs numéros d’anciennes revues et, parmi ceux-là, trois numéros de la « Revue de Montréal ». J’avançai précipitamment pour voir de plus près et j’éprouvai en ce moment une joie si grande qu’il me serait tout à fait impossible de vous la dépeindre.

Parmi les trois numéros qui se trouvaient là de-


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