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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

« n’ont pas mérité de se voir infliger derechef le supplice de vous lire.

« Hélas ! le journalisme est une dure carrière. À preuve, c’est qu’il nous faut répondre à cette lettre, que nous n’avons comprise ni à une première ni à une seconde lecture. Le style décadent était du pur classique au prix de ceci. Docteur, avez-vous jamais vu les oeuvres de ces soi-disant peintres qui s’appellent eux-mêmes cubistes ou futuristes ? En fait de langage, vous êtes un cubiste, à coup sûr, et c’est-à-dire que vous jetez les mots sur le papier comme ces peintres jettent les couleurs sur la toile, à pleines mains et à plein pinceau. Dans un cas comme dans l’autre, l’effet produit est des plus cocasses. Ou, si vous n’êtes pas cubiste, vous devez être futuriste, et peut-être inventez-vous le style de l’avenir ? Mais cela est trop fort pour nous, qui sommes du présent, et qui, dans notre humble formation, nous sommes laissés guider par une tradition plusieurs fois séculaire. En bonne justice, vous ne sauriez demander que nous sachions ainsi, du jour au lendemain, déchiffrer vos cryptogrammes. Aussi votre lettre, qui est du premier avril, et qui nous a mystifiés au point que nous l’avons prise pour un Poisson d’Avril, est-elle restée tout un mois sur notre bureau, avant que nous nous décidions à la publier. Nous ne pouvions le faire avant de savoir au juste ce dont il y était question. Des interprètes, ou plutôt des spécialistes, habitués à débrouiller les rébus, étant venus à notre secours, et ayant examiné ce document


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