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JOURNAL D’UN BIBLIOPHILE

Lorsque je retournai chercher mes livres reliés, j’entrai de nouveau et, apprenant que j’étais amateur de canadianas, le bouquiniste me raconta l’histoire suivante :

Il s’était un jour rendu à Québec pour une vente de manuscrits, bouquins, incunables et autographes.

Il avait poussé une pointe jusqu’en Nouvelle-Écosse, où étaient nés ses parents. Il avait logé, chemin faisant, chez un vieux pêcheur, seul avec sa vieille, qui habitait sur les côtes de la Gaspésie.

Le lendemain, il se rend à l’écurie pour atteler son cheval. Soudain il aperçoit un amas de vieux papiers.

Curieux, il avance et se met à regarder de plus près.

— Il y avait là, dit-il, en roulant des yeux rouges de feu, il y avait là l’équivalent d’une fortune considérable. C’étaient des lettres et des manuscrits de Colbert, de Richelieu et d’autres découvreurs et fondateurs de la Nouvelle-France. Je pleurais de rage de ne pouvoir emporter ces vieux papiers qui avaient été jetés là, récemment, il est vrai, mais qui étaient désormais trop sales et trop remplis de purin pour pouvoir servir à quelque chose. Oui ! J’étais tellement outré que j’aurais bâtonné ces vieux qui n’avaient seulement pas su soupçonner la fortune qu’ils avaient tenue en leur possession pendant des années.

En écoutant ce récit, j’en éprouvai moi-même de


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