Page:Landry, Manuel d’économique, 1908.djvu/49

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la statistique ne mesure pas, elle dénombre ; les faits qu’elle nous fait connaître sont, peut-on dire, des faits de masse[1].

La statistique existe depuis qu’il y a de grands États : elle est nécessaire en effet, dans les États de dimensions un peu étendues, pour toutes sortes de besoins administratifs. Mais c’est à Quételet qu’appartient l’honneur d’avoir affirmé le premier son importance pour la découverte des lois qui régissent les phénomènes sociaux[2]. Nous essaierons tantôt de voir exactement quelle est l’utilité qu’il y a lieu de reconnaître à la statistique pour la découverte des lois économiques. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’est pour ainsi dire pas, aujourd’hui, de faits économiques à propos desquels il ne soit dressé des statistiques[3]. Les applications de la statistique, dans l’économique comme ailleurs, se multiplient chaque jour. Et les procédés de la statistique vont se perfectionnant sans cesse, soit qu’il s’agisse de recueillir les données numériques que la statistique rassemble, soit qu’il s’agisse de suppléer par l’interpolation aux lacunes que ces données pré sentent ou de prolonger dans l’avenir, par l’extrapolation, les séries que l’on a dressées, soit enfin que l’on cherche à résumer dans des moyennes les indications de la statistique[4].

20. L’induction. — On a réuni des faits. Il faut maintenant, de ces faits, tirer des lois. C’est par l’induction que l’on passe des faits, qui sont particuliers, aux lois, qui sont générales. L’économique emploiera donc l’induction. Et si, comme il convient, on regarde l’observation des faits plutôt comme un travail préparatoire que comme un moment de l’investigation scientifique, on pourra dire, en un sens, que l’induction est le procédé essentiel de la méthode économique. On sait comment l’induction s’opère, et qu’elle suppose la détermination, par l’un de ces procédés que Mill a si bien exposés dans sa Logique, d’un rapport de causalité entre deux phénomènes. Il y a toutefois, sur les

  1. La recherche statistique ne s’oppose pas proprement à la recherche « historique ». Dans une « histoire », on pourra trouver des statistiques.
  2. Quételet, de Gand a vécu de 1796 à 1874 ; son principal ouvrage est intitulé Sur l’homme et le développement de ses facultés, ou essai de physique sociale (1835).
  3. Voir Mayo-Smith, Statistics and economics, New-York, Macmillan, 1899. Ce livre parcourt tout le domaine de l’économique et donne, pour chaque partie, les plus intéressantes des statistiques que l’on a établies. On y trouvera, à chaque cha pitre, des renseignements bibliographiques abondants.
  4. Il a été écrit beaucoup sur la statistique. Citons, pour la France, La statistique, par F. Faure (Paris, Larose, 1906) et La statistique, par Liesse (Paris, Guillaumin, 1905), deux livres l’un et l’autre élémentaires, puis encore Block, Traite théorique et pratique de statistique (Paris, Guillaumin, 2e éd., 1886) ; pour l’Allemagne, les articles de Rümelin et de Scheel dans le Handbuch de Schönberg, 3e partie, t. II, et Conrad, Grundriss zum Studium der politischen Œkonomie, 4e partie, 1er tome (Iéna, Fischer, 1900) ; pour l’Angleterre, l’excellent ouvrage de Bowley, Elements of statistics (Londres, King, 1901).