Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/392

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CHAPITRE II

De la Mettrie.


L’ordre chronologique. — Biographie. — L’Histoire naturelle de l’âme. — L’hypothèse d’Arnobe et la statue de Condillac. — L’homme-machine. — Caractère de de la Mettrie. — Sa théorie morale. — Sa mort.


Julien Offray de la Mettrie, ou habituellement Lamettrie, tout court, est un des noms les plus décriés de l’histoire littéraire. Il est peu lu, peu connu même du petit nombre de ceux qui, l’occasion se présentant, ont trouvé bon de le dénigrer. Ce parti pris de dénigrement émane de ses contemporains, pour ne pas dire de ceux qui partageaient ses opinions. De la Mettrie fut le souffre-douleur du matérialisme en France au XVIIIe siècle. Quiconque touchait au matérialisme avec des intentions hostiles, frappait sur lui comme sur le représentant le plus exagéré du système ; quiconque penchait lui-même vers le matérialisme, se garantissait des reproches les plus vifs en donnant un coup de pied à de la Mettrie. C’était d’autant plus commode que de la Mettrie fut non-seulement le plus exagéré des matérialistes français, mais encore le premier dans l’ordre chronologique. Il y avait donc double scandale ; et, durant de longues années, on put, d’un air indigné, montrer du doigt ce criminel, tout en s’appropriant peu à peu ses idées ; on put vendre impunément plus tard, comme originales, des