Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1877, tome 1.djvu/519

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NOTES DE LA DEUXIÈME PARTIE


1 [page 153]. Nous venons d’être initiés à la physiologie des nations par une philosophie de l’histoire écrite au point de vue des sciences physiques et de l’économie politique, et cette lumière a pénétré jusqu’au fond des plus humbles cabanes ; mais elle ne nous montre qu’un côté de la question, et les modifications de la vie intellectuelle des peuples restent entourées d’obscurités, tant qu’elles ne se laissent pas expliquer par les changements sociaux. La théorie de Liebig sur l’épuisement du sol a été exagérée par Carey[1] et amalgamée avec des assertions absurdes[2] ; mais la vérité générale de cette théorie est incontestable, surtout en ce qui concerne la civilisation de l’ancien monde. Les provinces exportant des céréales durent s’appauvrir et se dépeupler peu à peu, tandis qu’autour de Rome et, semblablement, autour des villes secondaires, la richesse et la population portèrent l’agriculture à son point culminant ; de petits jardins bien fumés et admirablement cultivés produisirent, en fruits, fleurs, etc., des récoltes plus lucratives que de vastes domaines, situés dans des contrées éloignées. Selon Roscher[3], tel arbre fruitier aux environs de Rome rapportait jusqu’à 100 thalers (375 fr.) par an, tandis qu’en Italie un grain de blé ne donnait guère que quatre grains, la culture des céréales ne se faisant plus que dans de mauvaises terres. Or la richesse concentrée d’une grande capitale est plus sensible aux chocs venant du dehors que celle d’un pays commerçant de moyenne importance ; elle dépend encore de la productivité des alentours, qui fournissent les aliments de première nécessité. Les traces de la dévastation, par la guerre, d’un pays fertile, même quand s’y joint la destruction d’un grand nombre d’êtres humains, sont bientôt effacées par le travail de la nature et de l’homme, tandis qu’un coup porté à la capitale,

  1. Grundl. der Socialwissenschaft, I, chap. III et IX ; III, chap. XLVI et passim.
  2. Voir ma dissertation : Mill’s Ansichten über die sociale Frage u. d. angebl. Umwaelzung der Socialtalwissenschaft. durch Carey, Duisb., 1866.
  3. Nationalœkonomik des Ackerbaus, § 16.