Page:Lange - Histoire du matérialisme, Pommerol, 1879, tome 2.djvu/692

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NOTES DE LA QUATRIÈME PARTIE


1 [page 466]. C’est à tort que l’on a souvent séparé les deux principaux ouvrages d’Adam Smith, en traitant sa Théorie morale[1] comme la production d’un novice, incomparablement dépassée par le livre sur la Richesse des nations. Smith a fait mûrir simultanément en lui-même les pensées fondamentales de ses deux ouvrages, c’est ce que Buckle[2] a prouvé jusqu’à l’évidence ; d’ailleurs Smith déclare lui-même dans la préface d’une des éditions subséquentes de sa Théorie morale, que les deux écrits étaient la conséquence d’un plan commun ; toutefois la Richesse des nations ne constituerait qu’un fragment d’un volumineux ouvrage, politique et social, qui devait suivre la Théorie morale. Néanmoins il est permis de douter avec Lexis[3] qu’Adam Smith ait été conscient dans l’emploi de la méthode d’abstraction, lorsqu’il donne pour mobile à l’homme, dans un ouvrage l’égoïsme, et dans l’autre la sympathie seule. Buckle, qui entre dans des détails pour établir cette opinion, trouve ce procédé préférable à l’induction, laquelle prend les faits pour point de départ. En simplifiant les principes, on facilite l’emploi du procédé déductif, et le défaut d’un point de vue unique doit être corrigé par l’application de principes différents, pris comme points de départ, de telle sorte que la réalité se composerait des influences que la Théorie morale fait naître de la sympathie, et de celles que la Richesse des nations fait provenir de l’égoïsme. À l’encontre de cette opinion de Buckle, Lexis fait remarquer avec raison que l’on ne peut ni additionner ni soustraire les mobiles humains, mais que leur concours les rend tout autres qu’ils ne sont pour soi en réa-

  1. Voy. entre autres traductions françaises celle de Mme de Condorcet, intitulée : Théorie des sentiments moraux, précédée d’une introduction par H. Baudrillart. Paris, Guillaumin. [Note du trad.]
  2. History of civilization, c. xx, [traduite en français par A. Baillot, Paris, 1865, librairie internationale A. Lacroix, Verbœckhoven. [N. d. t.]
  3. Französischen Ausfuhrprämien, p. 5.