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SOUVENIRS POLITIQUES

En répondant au toast qui fut porté en son honneur, M. Joly eut des accents d’une rare éloquence :

« Quand les Gaulois prirent Rome, dit-il, on les entendait s’écrier en parcourant les rues de cette ville fameuse : « Malheur aux vaincus, » Væ victis. Je ne puis m’empêcher ce soir de citer ces deux mots : « Væ victis ». Je ne saurais ne pas me les rappeler à chaque instant en voyant cette foule sympathique qui m’entoure, ces regards si bienveillants, ces mains si généreuses qui viennent rencontrer les miennes ; je n’ai pu résister après tout, à la pensée que je n’étais qu’un vaincu, que je paraissais devant vous comme un vaincu et que cependant, vous m’accueilliez en vainqueur. Cette belle démonstration que vous m’offrez ainsi qu’à mes amis qui pendant dix ans ont combattu les mêmes combats que moi, et qui se sont rendus responsables de la faute que j’ai commise, si j’en ai commis une, cette démonstration, dis-je, a plus d’effet sur moi que cette « force brutale, » qui n’a pu me faire céder !

… « Pendant que je parle de Rome, vous me permettrez de vous faire part d’une impression qui se présente à mon esprit. Il y a à peu près une demi heure, les portes des galeries se sont ouvertes, et des longues files de gracieuses figures, dans les plus charmantes toilettes, se sont avancées pour prendre place