Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 10, part. 4, Mard-Memmonium.djvu/230

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Rhin et les jambons dits de Mayence, qui jouissent d’une grande réputation. Mayence 5e développe en forme de demi-cercle sur la rive guu.’he du Rhin et communique avec la petite ville de Castel, située en face, par un pont de linteaux de 555 mètres de longueur. Un pont fixe a élé inauguré en 18G2 au-.lessus de la jonction du IShin et du Mein. Mayence est une des plu* importantes places fortes de l’Europe. Son enceinte, y compris les ouvrages extérieurs, a plus de 14 kilom. de développement. On y pénètre par trois portes

principales. Les fortifications se composent de 11 bastions, de 2 demi-bastions, d’une citadelle, de 7 forts détachés réunis par des courtines, etc. Kn outre, un camp retranché établi à Weissenau et Castel est défendu par qua tre bastions. L’ensemble de la ville, quand on la considère de la rive droite du Rhin, offre, avec ses clochers, ses tours et son château, un aspect pittoresque ; mais, dès qu’on pénètre dans l’intérieur, l’impression est tout autre. Les quais du Rhin suni les plus tristes du momie. 1, ’iuiérieur de Mayence rappelle les villes flamandes. Les rues sont presque toutes étroites et tortueuses, et le cercle de bastions qui entoure le ville lui défend d’élargir ses voies de communication. La place du Marché, qui entoure deux côtés de la cathédrale, est ornée d’une jolie fontaine, bâtie en 1540 par Albert de Brandebourg.’Sur la place de Gutenberg a été érigée, en 1837, une statue de bronze au célèbre inventeur de l’imprimerie ; elle a été fondue à Paris par Crozutier, d’après le modèle de Thorwaldsen. Les quatre faces du piédestal sont ornées de bas-reliefs en bronze.

Ou voit encore à Mayence, aux angles des rues Pfamlhau.sgasse et Emmeransgasse, la maison où Gutenberg reçut le jour. La maison où il imprima su première Bible est désignée à l’aueutiou par une inscription.

L’édifice le plus remarquable de Mayence est la rathédtnle ou Dom, commencée en 978, incendiée plusieurs fois, rebâtie sur un plnn plus beau aux Xilio, xive et xve siècles, transformée en magasin à fourrage après l’incendie de 1793, rendue au culte en 1804, enfin restaurée aux frais du gouvernement par l’architecte Muller. Elle n’a pas de façade et se termine à ses deux extrémités par deux chœurs. • Ce sont, dit Victor Hugo (le Rhin), deux absides romanes, ayant chacune son traussept, qui se regardent et que réunit une grande nef. On dirait deux églises soudées l’une à l’autre par leur façade. Les deux croix se touchent et se mêlent par le pied. Elles sont de deux époques différentes, et, quoique presque identiques, au dessin géoinétral, aux dimensions près, présentent comme édifice un contraste complet et frappant. La première, et la moins grande, date du tfi siècle ; la seconde, commencée peu de temps après la première, a élé incendiée en 1190, et depuis lors chaque siècle y a mis sa pierre. Ou diruit la sévère tiare de Grégoire VII regardant la tiure splendide de buiiiface VIII. Tout ce vénérable ensemble est badigeonné en rose, du haut en bas. L’intérieur de la cathédrale rappelle les églises beiges. La nef, les chapelles, les deux transepts et les deux absides sont sans vitraux, sans mystère, bauigeonnés en blanc du pavé à la voûte, mais somptueusement meubiés. De toutes parts surgissent à l’œil- les fresques, les tableaux, les boiseries, les colonnes torses et dorées ; mais les vrais joyaux de cet immense édifice, ce sont les tombeaux des archevêques électeurs. L’église en est pavée, les autels en sont faits, les piliers en sont étayés, les murs en sont couverts ; ce sont de magnifiques lames de marbre et de pierre, plus précieuses quelquefois par le travail que les lames d’or du temple de Salomon. J’ai constaté, tant dans l’église que dans la salle capitulaire et le cloître, un tombeau du viiic siècle, deux du xnie, six du xive, six du xvc, onze du xvi«, huit du xvne et neuf du Jtvme ; en tout, quarante-trois sépulcres. Dans cé nombre, je ne compte ni les tombeauxautels, difficiles à aborder et à explorer, ni les tuinbeaux pavés, sombre et confuse mosaïque de la mort, de jour en jour plus effacée sous les pieds de ceux qui vont et qui viennent. Toutes ces tombes, cinq exceptées, sont des sépultures d’archevêques. Sur les cénotaphes, dispersés saus ordre chronologique et comme au hasard sous une forêt de colonnes byzantines à chapiteaux éniguiatiques, l’art de six siècles se développe, végète et croise inextricablement ses rameaux n’où tombent, comme un double fruit, l’h.stoire de la pensée en même temps que l’histoire des faits... Les armoiries, les manteaux héraldiques, la mitre, la couronne, le chapeau électoral, le chapeau cardinal, les sceptres, les épées, les crosses abondent, s’entassent et s’amoncellent sur ces monuments, et s’efforcent de recomposer devant l’œil du passant cette graudeeL formidable figure qui présidait les neuf électeurs de l’empire d Allemagne, et qu’on appelait l’archevêque de Mayence. • Outre les tombeaux de ses archevêques, la cathédrale de Mayence offre un certain nombre de curiosités, parmi lesquelles nous signalerons : les portes de bronze qui s’ouvrent sur la place Uu Marché et datent du x» siècle ; les escaliers byzantins de la vieille abside de 978 ; une magnifique urne baptismale en bronze du Xiv« siècle ; la chaire ; les vitraux du chusur ; ne curieuses boiseries ; les peintures Ue la nef ; la salle capitulaire ; les clol MAYE

très et la tour (94 mètres), d’où l’on découvre un beau panorama.

L’église Saint-Étienne, située dans la partie la plus éievée de la ville, date du xiv« siècle. La tour attire de loin les regards. L’intérieur a conservé quelques peintures sur fond d’or et de nombreux monuments. Elle est entourée d’un joli cloître qui renferme plusieurs pierres tombales.

L’ancien château électoral, qui fut jusqu’en 1792 la résidence des électeurs, date du xvni ; siècle. On y a réuni la bibliothèque, qui possède près de 100,000 volumes et un grand nombre de manuscrits ; la collection d antiquités, contenant plusieurs autels romains ; la collection de monnaies, qui compte environ 2,500 monnaies romaines, 1.800 monnaies mayençaises et l,500autres monnaies ou médailles, et la galerie des tableaux, parmi lesquels nous citerons : le Christ et les docteurs, par Jordae.is ; Y Amour filial, une Bacchanale, de Titien ; Une Adoration, du Giordano ; Ailum et Eve, d’Albert Durer ; le Portrait d’Abraham de A/orût. par Ferdinand bol ; un Saint Jérôme, de Thomas Cranaeh’ ; des Paysages, de Claude Lorrain ; Europe et Jupiter, de Guide ; Suint Séùastien, de Louis Carrache ; Saint Français Xaoier, du Guèrchiii ; Sainte Apolline, du Domiuiquin ; Samuel sacrant David, par Rubens ; un Voleur d’oies, par. Murillo ; une Jaune femme, par Holbeiu, etc.

Signalons aussi le théâtre, bâti en 1838 pnr l’architecte Aloller, sur le modèle d’un theàtre antique ; la vaste salle dite la Fruohthafie ; l’hôiel du Gouvernement ou de la Régence ; la colonne de la Fontaine ; le palais du commandant ; le palais du grand-duc ; l’arsenal ; la tour de Drusus, monument de construction romaine, qui a été considéré par certains savants comme le tombeau de Drusus, le gendre d’Auguste et le fondateur de Mayence.

L’origine de cette ville est en effet antérieure à l’ère chrétienne. Trente ans avant la naissance du Christ, Marius Agrippa, un des généraux d’Auguste, construisit en ne lieu un camp retranché ; vingt ans dprès, Drusus Germanicus rit construire au même endroit une forteresse nommée Alogontiacum, autour de laquelle se groupa bientôt la ville romaine. L’an 70 de l’ère chrétienne, la 22" légion romaine, qui avait concouru a la prise et à la destruction de Jérusalem, était en garnison à Mogontiacum. Un centurion de cette légion, saint Crescentius, qui s’était converti, y prêcha le christianisme. Une légende populaire veut que ce soit à Mayence que Constantin vit reluire dans le ciel une croix de feu avec cette inscription : • Par ce signe tu vaincras. • La ville avait alors pris un tel développement qu’elle était devenue la métropole de la Germanie i". Mais, à la chute de l’empire roinuin, Mayence fut complètement détruite par les Vandales (406). Les Francs la rebâtirent, et avec Chatlemagne et saint fSoniface commença pour Mayence une ère de prospérité. Au xm« siècle, elle était assez puissante pour se placer à la tète de la confédération rhénane, créée pour protéger le

commerce ; elle était alors la résidence d’un électeur ecclésiastique qui y conserva sou siège jusqu’à la Révolution française. Pendant la guerre de Trente ans, Mayence fut prise par les Suédois en 1631, par les Français eu 1644 ; eu 1588, elle fut de nouveau occupée par ceux-ci, qui la perdirent l’année suivante. En 1792, l’armée française, commandée parCustine, s’en empara encore, mais eu 1793, neuf ino.s après, elle fut abandonnée au général prussien Kollreuth, enfin, en 1797, elle fut rendue aux Français qui eu restèrent maîtres jusqu’en 1814. Pendant toute cette période, Mayence tut le chef-lieu du département du Moct-Tonnerre. Elle fut alors reprise par les Allemands après un siège terrible, et le congrès de Vienne la donna avec partie du département du Mont-Tnuuerre au grand-duo ne Hesse, à condition que cette place resterait toujours forteresse fédérale. En effet, de 1814 à 186ti, Mayence fut guidée par une garnison fédérale, composée principalement d’Autrichiens et de Prussiens qui ne vivaient pas toujours en bonne intelligence. Mais, après les succès de la Prusse en 1866, cette puissance conserva Alayenca comme forteresse de la nouvelle confédération, bien qu’elle fut située dans les Etais du graud-uuone de Hesse, qui ne devait pas faire partie de la confédération de l’Allemagne du Nord.

Au tialo.i de 1838, Victor Adam a exposé un tableau représentant l’£iAret de l’armée française à Mayence le 22 octobre 1792.

MayeDcr (SIÈGES db). Cette ville a eu à subir un assez grand nombre de sièges ; nous ne citerons ici que ceux qui offrent quelques péripéties intéressantes.

— 1. En 1889, le prince Charles de Lorraine, à la tète d’une armée d’impériaux, se présenta devant Mayence, alors très-mui fortifiée ; mais elle avait pour commandant le marquis d’U xelles, depu.s maréchal de France, officier plein de courage et d’habileté. Ses dispositions furent si bien conçues, que sa faible garnison fit échec pendant longtemps à toute 1 armée du prince Charles, il exécuta plusieurs sorties meurtrières dont une seulecoùta900 hommes aux impériaux ; eu quelques jours il leur en tua 5,000, et il est certain que le brave commandant eût résisté à toutes les attaques du prince, si l’imprévoyance du miuistèie ne l’avait laissé manquer de poudre. Il fallait ab MAYE’

solument déguiser ce dénûment aux assié feants.si l’on voulait obtenir une capitulation onorabie et devenue nécessaire. Le marquis d’Uxelles y réussit en les laissant granuellement s’établir sur les deux angles du eheimn couvert, résultat qui lui permettait néanmoins de résister encore longtemps. Le prince Charles y fut eu effet trompé, et, lorsque le marquis demanda à capituler, il s’empressa d’accéder à toutes les conditions qu’il lui plut de fixer. D’Uxelles, qui avait défendu Mayence pendant sept semaines dans des circonstances si défavorables, ne se présenta néanmoins qu’en tremblant devant Louis XIV ; mais on sait que ce prince avait du inoins une excellente qualité, celle d’apprécier le mérite à sa juste valeur, et il consoia le brave commandant par un de ces mots dont il avait le secret, et qui n’était que juste ici : u Marquis, vous avez défendu la place en homme de cœur et vous avez capitulé en homme d esprit. »

— IL Jusqu’en 1792, nous ne rencontrons aucun si’-ge remarquable a mentionner ici. A cette époque, les Autrichiens ayant envahi le territoire français, l’armée de Custine s’élança sur la rive du Rhin et alla investir Mayence. Custine envoya alors le général Houchard sommer le baron de Giinmnich, gouverneur de la ville. Sa lettre, pleine de rodomontades, fut parfaitement appuyée par l’éloquence toute soldatesque d’Houchard. Le gouverneur, ébranlé par cette phraséologie k la mode du jour, répondit qu’il était résolu à se défendre jusqu’à la dernière extrémité, mais que cependant il réfléchirait et qu’il ferait connaître le lendemain ses dernières intentions. Custine commençait à craindre de s’être aventuré trop légèrement, quand il apprit que la bourgeoisie se prononçait visiblement contre la résistance. Pour accélérer le dénoûment, Custine écrivit alors une seconde lettre au baron de Gimmnich pour le menacer d’un assaut. Cette lettre peint trop bien la tournure des esprits à cette époque, et le caractère même du général français, pour que nous ne la citions pas ici, au moins à titre de curiosité.

« Monsieur le gouverneur, mon désir de ménager le sang est tel, que je céderais avec transport au vœu que vous témoignez d’obtenir jusqu’à demain pour me donner votre réponse ; mais l’ardeur de mes grenadiers est telle que je ne puis plus lu retenir. Ils ne voient que la gloire de combattre des ennemis de la liberté, et la riche proie qui doit être le prix de leur valeur ; car je vous en préviens, ce n’est point une attaque régulière, c’est une attaque de vive force à laquelle il faut vous attendre. Non-seulement elle est possible, mais elle est sans danger. Aussi bien que vous je connais votre place et l’espèce de troupes qui la défendent. Epargnez le sang de tant de victimes innocentes, de tant de milliers d’hommes. Notre vie sans doute n’est rien ; accoutumés de la prodiguer dans les combats, nous savons la perdre tranquillement. Je dois à la gloire de rna république, qui jouit de l’impuissance des despotes qui voulaient l’opprimer, et qui les fait fuir devant les enseignes de la liberté, de ne pas’ enchaîner l’ardeur de mes braves soldats, et je le voudrais en vain. »

Celte lettre, il faut en convenir, ne manque pas d’habileté ; nous ne parlons pas de la forme, qui est celle du temps ; mais les menaces d’assaut, de pillage, de massacre, y sont adroitement mêlées aux réflexions inspirées par des sentiments d’humanité. Aussi le brave gouverneur ne put-il résistera toute cette rhétorique, et il consentit le lendemain à rendre Mayence.

— III. Mayence no resta pas longtemps entre nos mains • i : la suite des revers que nos armées venaient d’essuyer dans le Nord, 60,000 Prussiens parurent, le 6 janvier 1793, devant le fort de Castel, qui couvre la tète du pont de Mayence. Cette ville, qui pré-Sente aujourd’hui de si redoutables moyens de défense, n’en avait pour ainsi dire, alors aucun du côté de l’Allemagne. Les Français fortifièrent à la hâte les habitations de Castel, ainsi que le village de Costheim, situé à l’embouchure du Meiii, établirent un camp retranché, armèrent de 21 pièces le fort de Murs, de 12 pièces la grande batterie de Saint-Pierre et en disposèrent 60 sur les fronts de la double couronné. La garnison S élevait à 22,000 hommes, et tout faisait présager un siège où l’attaque et la défense présenteraient le même acharnement, la même

opiniâtreté. Le général Doyré commanda le siège, Auberl-Dubayet dirigea la défense, et deux représentants du peuple, commissaires de la Convention, s’enfermeient dans la ville pour animer la garnison par leur présence et leur exemple ; on vit plus d’une fois l’un de ces représentants, Merlin, exécuter des sorties meurtrières à la tète des soldats.

L’investis.-ement de Mayence fut formé dès le 6 avril 1793, par le maréchal prussien Kalkreukt, mais le véritable siège ne commença que deux mois après, lorsque le roi de Prusse fut venu prendre eu personne le commandement des troupes alliées. Des lors la ville fut enfermée dans un cercle de fer et de feu. Le général Meunier, un des plus intelligents et des plus intrépides officiers de la République, s’était chargé de la défense de Castel ; pendant cinquunte jours. lui et sa vaillante troupe reçurent sans s émouvoir les décharges ne cinquante pièces de canon, qui ne ces MAYE

saient de vomir sur eux une grêle de mitraille. Les lies du Mein furent longtemps disputées, parce que leurs positions prenaient à revers les défenses de la ville et le cours du fleuve, ce qui mettait à découvert le pont de communication avec Castel. Le village de Costheim fut également le théâtre de combats sanglants, qui ne purent empêcher les Français d’en rester maîtres jusqu’à la fin du siège. Les lies du Khin, dont lu possession n’èiait pas uuiiis précieuse que celle des lies du Mein, donnèrent lieu également à des engngeiiiems acharnés, dont un seul coûta 1,100 hommes aux Prussiens. Dans une de ces rencontres, le chef d’une troupe de cavalerie française délia à un combat singulier le chef d’un corps de cavalerie prussienne. « Et si je venais à vous comme ami ? lui dit le Prussien. — Je vous recevrais comme tel. » Tous deux se donnèrent alors la main. Cette circonstance fut suivie d’une entrevue entre le duc de Brunswick et les deux représentants. La République fut alors implicitement reconnue par le roi de Prusse ;

car le premier cartel dressé pour l’échange des prisonniers porta en litre : Le roi de Prusse à la République française. De part et d’autre les bons procédés et les égards ne cessèrent de régner ; mais, quelque temps après, Frédéric-Guillaume ayant lai. H éire pris au milieu mémo de son quartier général, a Marieuborn, il en fut si humilié et si irrité que tous les ménagements cessèrent entre les deux armées. Dans la nuit du 30 mai, 6,000 Français pénétrèrent dans le villuge de Marienborn ; leur irruption fut si subite que le roi et ses généraux n’eurent pas le temps de rullier leurs troupes ; ils réussirent cependant à s’échapper, mais après avoir

subi des pertes sensibles. Dès le lendemain, le roi de Prusse signifia sa colère à la garnison par un effroyable redoublement defeux ; on vit pleuvoir sur la ville les bombes et les boulets rouges ; plus d’un tiers des maisons furentécraséesou devinrent la proie des flammes ; les magasins furent détruits. Ce même jour, l’armée française fit une perle irréparable : en traversant le Rhin pour aller attaquer la grande île du Mein, le général Meunier eut l’imprudence de découvrir quelques insignes de son grade ; il fut aussitôt reconnu par les Autrichiens, qui tirent une décharge générale de toutes leurs batteries sur le bateau qui le portait. Atteint à la jambe, il s’écria : « Je suis blessé I L’ennemi cessa aussitôt son feu, comme si, dans un seul homme, il eût triomphé de toute l’armée. Le roi de Prusse s’empressa de lui offrir tous les secours qu’on ne pouvait trouver dans la pince assiégée. On lui coupa la jambe ; mnis l’impétuosité de son caractère et l’ardeur de son sang donnèrent naissance k la gangrène, et il expira le 13 juin. À la nouvelle de sa mort, le roi de Prusse ne put s’empêcher de s’écrier : < Il m’a fuit bien du mal, mais l’univers n’a pas produit un plus grand homme, p Les assiégeants, par un sentiment qui les honore, arrêtèrent la Jutte pendant plusieurs heures ; puis, lorsqu’on rendit les honneurs funèbres à l’infortuné général, ils se portèrent en armes en avant de leurs lignes, et répondirent par une salve générale à celle dout les Français honoraient la tombe du plus vaillant d’entre eux. Klie fut placée, suivant le désir qu’il en avait exprimé, à la pointe de ce bastion de Castel qu’il avait si héroïquement défendu.

La tranchée n’avait été ouverte que deux mois après le commencement du siège ; alors le front d’attaque embrassait toute la partie de la ville où s élève la citadelle, depuis la fort du Rhin jusqu’aux ouvrages avancés du fort Saint-Philippe. Telle avait été l’opiniâtreté de la résistance, que, dans les derniers jours même du siège, l’ennemi n’avait pu encore établir ses premières batteries qu’à 100 toises des ouvrages extérieurs des fortifications. Cependant la famine se faisait cruellement sentir dans Mayence ; on commença par manger de la viande de cheval, puis on se nourrit de chiens et de ehuts. Un jour, te général Aubert-Dubayet invita ses amis à uîuer, et tous firent bombance nvec un vieux matou entouré d’un cordon de souris. Les soldats faisaient leur soupe avec de l’huile de poisson. Malgré toutes ces soutfiances, que chacun d’ailleurs supportait avec la plus héroïque résignaiion, rien ne faisait présager encore la reddition de la place Muis bientôt ou sut que Coude était pris, ainsi que Vulenciennes, et que la Vendée, devenant chaque jour plus menaçante, exigeait des reuforts que la garnison de Mayence pouvait seule fournir ; de plus, tout secours eiait impossible, et la place ne pouvait espérer de résister indéfiniment à une armée de 80,000 hommes. La garnison dut donc capituler ; elle sortit de Mayence avec tous les honneurs de la guerre, sous la seule cuiidition de ne point porter les armes contre ia Prusse pendant un an. Pendant que les différents corps défilaient devant le vainqueur, le rui de Prusse appelait nominativement les généraux et les principaux officiers, et leur donnait avec courtoisie les éloges dus ù leurs belles actions, dont il leur rappelait les circonstances (juillet 1794J. Eh bien, par une singulière ingratitude, bien faite pour inspirer le découragement, si le patriotisme ne devait pas dominer tous les ressentiments, cette vaillante garnisou, qui s’éLait attiré l’admiration de ses ennemis, n’entendit qu’un cri d’improbation en rentrant en Frauce. La politique du comité