Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 13, part. 3, Rech-Rhu.djvu/132

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bord j mais une scène horrible, dont elle est témoin pendant la nuit, l’éclairé sur ses erreurs et la rend à sa mère : elle a vu déchirer à coups de fouet une pauvre religieuse qui avait essayé de s’échapper de l’in-pace, ce cachot dont la mort seule voua ouvre les portes,

Il y a malheureusement dans ce livre, dont quelques parties sont finement étudiées, des longueurs interminables, des redites fastidieuses ; la lecture en est fatigante et il faut (incertain courage pour la poursuivre jusqu’au bout. Le meilleur service qu’il peut rendre, c’est de signaler aux parents les dangers de l’éducation religieuse ; le mysticisme y revêt parfois une singulière livrée. À ce propos, l’auteur cite la prière suivante, que l’on fait apprendre aux jeunes filles et qui est extraite des Exercices de sainte Gerlrude, par l’abbé de Solesmes : à Que je m’endorme k l’ombre de votre amour étendu sur moi comme un voile 1 Que, sortant de moi-même, je passe en vous avec suavité I Que je succombe dans vos embrassements ! Laissez-moi vous donner mon humble baiser, ô mon Dieu, afin qu’unie à vous je vous demeure attachée d’une manière indissoluble. O amour, prodiguez-moi vos caresses ! Oh ! quand mesentirai-je pressée entre vos bras, ô Dieu de mon cœur ! Vos tendres et fugitifs embrassements, ô Jésus, ont pour moi tant de douceur, que, si j’avais mille cœurs, ils se fondraient en moi à l’instant. Vos divins baisers font passer ma vie en vous-même, et mon âme ose vous prodiguer ses amoureuses étreintes. O bonheur ! si dans ces instants je tombais sans vie pour me perdre sous les ondes de votre divinité 1 »

Religieuses tricotant, tableau de François Bonvin ; Exposition universelle de 1855. Un intérieur de couvent, nu et froid, où quelques religieuses, encapuchonnées et comme isolées les unes des autres par leurs grandes coiffes bjanches, tricotent silencieusement des bas, c’est là tout le sujet de cette composition ; niais l’artiste l’a traité avec uno telle sincérité d’expression, un sentiment si juste de la sérénité monastique et une couleur si franche et si forte, que son œuvre attire et retient l’attention du spectateur. M. Bonvin a exposé encore au Salon de 1869 une Religieuse tricotant dans une salle d’hôpital ; ce tableau a été exécuté pour M. Édouard André ; il a été gravé à l’eau-forte •par M. Alphonse Hirsch. À la vente Marmontel (1868) ont figuré deux autres tableaux du même artiste : des Religieuses allant distribuer des vivres (Salon de 1867) et une École de petites filles dirigée par une soeur.

Avant Bonvin, Granet a été le peintre des religieuses ; on lui doit, entre autres tableaux : une Religieuse recevant des soins dans son couvent (Salon de 1831) ; les Religieuses gardant Vert-Vert (Salon de 1831) ; une Religieuse instruisant des jeunes filles (Salon de me). Le comte de Forbin a peint une Religieuse interrogée par la sainte inquisition (gravée par Mauduit) ; Court, une Religieuse endormie (Salon de 1835) ; Eugène Devéria, la Religieuse défendue (gravée par J.-M. Leroux) ; Vannutelli, des Religieuses à Rome (Salon de 1838) ; Ai. Magnasco, des Religieuses en prière dans le chœur d’une église (galerie de Dresde), etc. V. sœur de charité.

Uu artiste allemand du xvie siècle, Franz Brun, a gravé deux estampes, d’un caractère peu orthodoxe, représentant l’une Deux religieuses et l’autre lieux moines. Aux compositions que nous avons signalées dans l’iconofraphie consacrée aux moines, il faut ajouter : es Religieux portant un blessé à leur couvent, tableau de Nio.-Ant. Taunay (Salon de 1801) ; des Trappistes se donnant le baiser de paix avant ta communion, tableau de M. Dauban (Salon de 1865) ; un Trappiste en prière, tableau d’Horace Vernet (gravé par Jazet) ; les Religieuses du Cap, tableau d Eugène Le Poittevin (Salon de 1865) ; les Capucins d’Albano à Rome, tableau de Joseph Visone (Salon de 1841) ; des Moines à l’étude, tableau de Th. Gide (Salon de 1865), etc. V. réfectoire.

RELIGION s. f. (re-li-ji-on — du latin re- ii’fft’o, qui signifie proprement lien, lien de l’aine ; de re, préfixe, et de ligare, lier. D’autres étymoiogistes prétendent qu’il vient de re, préfixe, et de légère, choisir ; mais le premier sens est beaucoup plus vraisemblable, car il équivaut k celui du grec pistis, foi et lien, comme à celui du sanscrit çral, foi, respect, resté dans le latin cre-do, pour cret-do, proprement avoir la foi, croire ; de la racine dhâ, tenir, avoir). Culte qu’on rend à la divinité sous quelque forme que ce soit : La RE-LIGION catholique. La religion de Mahomet. Les obligations de l’homme envers Dieu, voilà la religion. (Vauv.) La religion est une affaire entre chaque homme et la divinité. (Beyle.) La religion est ce qui nous lie ou nous relie à Dieu. (Bautain.) La religion est le résultat des besoins de l’âme et des efforts de l’intelligence. (B. Constant.) La religion est l’hôpital des âmes que le monde a blessées. (Petii-iieun.) La religion est une chaîne dont le premier anneau s’attache d ta terre et le dernier au ciel. (De Cusline.) La religion est te commerce de la terre avec le ciel. (Ruyer-Collard.) La religion est le commerce positif et efficace de l’homme avec Dieu. (Lacord.) La lumière et l’amour1 ta sincérité et ta charité ! toute la religion est là. (Victor Cherbuliez.) La religion, pour nous, c’est l’archéologie de la raison. (Proudh.) La religion est le res-

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pect de l’humanité idéalisée et adorée par ellemême sous le nom de Dieu. (Proudh.) La religion est une allégoriéde ta justice. (Proudh.) L’israéiile pensait que la religion du vrai Dieu n’était faite que pour lui seul. (Renan.) La religion, c’est la part de l’idéal dans la vie humaine. (Renan.) La rkligion est l’appui de tout ce qui souffre contre tout ce qui domine tur la terre. (P. Leroux.)

— Doctrine-religieuse : Les rois ne peuvent pas commander d’embrasser une religion. (Cassiodore.) Si /’oh n’eût écouté que ce que Dieu a dit à l’homme, it n’y aurait eu qu’une religion sur la terre. (J.-J. Rouss.) L’homme primitif, ignorant et timide, a créé Dieu et du même coup les religions. (***.) Les religions portent bien avec elles des formes qui en dénotent la puissance et le caractère, mais ces formes ne sauraient lespréserver de l’abâtardissement et de la corruption. (Maury.) L’intelligence de l’homme n’est ennemie de la religion que lorsque la religion est persécutrice. (B. Constant.) La fnmc-maçonnerieest In religion universelle. (Ch. Fauvety.) Les religions positives répriment tes mouvements aventureux de l’imagination individuelle, en introduisant l’ordre et la fixité dans te monde flottant des rêves. (Challeinel-Lacour.) Toute religion nouvelle ne peut prendre racine que chez un peuple ignorant. (L. Pinel.) Celui qui quitte sa religion doit ta quitter de bonne heure ; après ce moment, on ne peut plus la déraciner sans ébranler tout le sol. (H. Taine.) Quand ta religion se fait instrument politique, elle s’expose à voir méconnaître son caractère sacré. (Béranger.) Toute religion établie sur des dogmes invariables est une religion d’étouiïement et de compression. (L’abbé Châtcl.) La liberté est une tout aussi bonne religion que les autres. (H. Heine.) La religion est de nature immobile, rêveuse, intolérante, antipathique à la recherche et à l’étude. (Proudh.) Dans les temps modernes, le créateur d’une religion serait tenu pour un imposteur. (Thiers.) Une religion positive est tw ensemble de dogmes et de préceptes révélés. (J. Simon.) Les religions sont la mesure du progrès des choses. (E. Littré.) J’en sais qui ont fait des religions pour avoir le plaisir d’être apôtres. (St-Marc. Gir.) Les religions de l’antiquité n’é- ■ taxent que l’État, ta famille, l’art, la morale, élevés à une haute et poétique expression, (Renan.) La religion d’un peuple, étant l’expression ta plus complète de son individualité, est, en un sens, plus instructive que son histoire. (Renan.) Pour faire l’histoire d’une religion, il faut ne plus y croire, mais il faut y avoir cru. (Renan.) La religion catholique est en travers de tous les progrès que tentent de réaliser les sociétés humaines. (L. Jourdan.) La religion ne peut plus être sauvée que par la liberté absolue. (E. de Gir.)

— Par ext. Foi, croyance, piété, dévotion : Le cardinal de Richelieu avait assez de religion pour le monde. (De Retz.) La raison supporte tes disgrâces, le courage les combat, ta patience et la religion les. surmontent. (Mme de Sév.) Une famille vertueuse est un vaisseau tenu dans la tempête par deux ancres : la religion et les mœurs. (Montesq.) Nous avons tout juste assez de religion pour nous haïr, mais pas assez pour nous aimer les uns les autres. (Swift.) La religion est la défense de l’âme, comme tes armes sont la défense du corps. (Chateaub.) La religion est la plus humaine des institutions. (A. Constant.) La religion et la philosophie sont deux manteaux dont l’hypocrisie a soin de se couvrir. (Saniai-Dubay.) Cette adoration sombre et mystique de la nature, chez Diderot et d’Holbach, ressemble presque à une religion. (Ste-Beuve.)

— État des personnes engagées par des vœux à suivre une certaine règle autorisée par l’Église : Ce bénédictin a trente ans de religion. Choisir une religion. Habit de religion. (Acad.) Elle s’appelait en religion sœur Euphémie. (Racine.) H Mettre une fille en religion, La faire religieuse. Il Entrer en religion, Se faire religieux ou religieuse ; De ce mariage naquirent plusieurs filles, dont les unes se marièrent, les autres entrèrent en religion. (Mérim.) Avant comme après mon entrée en seligion, dit le docteur, ma haine sera ta même contre tes hypocrites. (Baiz. J Mais cette jeune fille ! Il est difficile et peutêtre peu convenable à moi de la détourner «"entrer en religion, surtout si c’est une vacation décidée. (Scribe.)

— Absol. en ce sens, Se dit de l’ordre de Malte : Ce chevalier avait servi tant d’années la religion. Les galères de la religion. (Acad.)

— Par anal. Se dit de ce qui est considéré comme un devoir sacré : Oh doit appi-endre de bonne heure aux enfants la religion du secret. (Mme Moumarson.) La monarchie i>'est plus une religion. (Chaieaub.) L’amour est une religion en Allemagne, mais une religion poétique. (M’as de Staël.) Si la politique n’est pas une religion, elle n’est rien. (Clmteaub.) La légitimité est une religion dont ta foi est morte. (Chateaub.) La liberté est une religion nouvelle, la religion de notro temps. (H. Heine.) La philosuphie est la religion de la raison. (Proudh) Lamuur, c’est ta foi, c’est la religion du bonheur ten-esire. (A. de Musset.) La société oscille sur le principe féodal, qui n’est autre que l’idée guerrière, la religion de la force. (Proudh.) L’amour du cheval est une des religions de l’Angleterre. (E. Texier.)

Il Se faire une religion, un point de religion

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o’une chose, S’en faire une obligation importante, un devoir sacré ; // se fait une religion de tenir sa parole. Il se fait un point de rbligion de ne révéler jamais un secret qui lui a été confié. (Acad.) Il sb fit une religion d’écouler les raisons des partis et de tire leurs mémoires. (Fléch.) Il Mettre sa religion d, Regarder comme un des premiers, des plus saints devoirs : Il met sa gloire et sa religion A rendre heureux ceux qui l’environnent. (B. de St-P.) u Violer la religion du serment, Manquer à son serment, se parjurer. || Surprendre la religion de quelqu’un, Surprendre sa confiance, abuser de sa bonne foi, le tromper par un faux exposé.

Religion naturelle, Ensemble de principes de morale communs aux nations civilisées et indépendants de toute révélation : J’entends par religion naturelle les principes de morale communs au genre humain. (Mass.) // n’y a point de religion naturelle, car, dès que vous abolissez le surnaturel, la religion aussi disparait. (Guizot.) Au point de vue des religions de la nature, la race anglo-saxonne est la plus impie des races. (A. Esquiros.) L’anthropomorphisme est supérieur aux religions de la Nature de toute la supériorité de l’homme sur la nature. (Cousin.)

Il La religion prétendue réformée, La religion réformée ou siraplem. La religion, La croyance des protestants : Plus les angoisses avaient été vives, plus grande fut la joie et l’audace parmi ceux de la religion. (Vilet.)

— Hist. Guerres de religion, Guerres occasionnées pur la différence des religions, et

particulièrement Guerres entre les catholiques et les protestants : La liberté complète des convictions religieuses a été la fin des guerres de religion. (J. Pillon.) Les guerres de religion sont, de toutes, tes plus sanguinaires. (Proudh.)

— Hist. ecclés. Couvent, congrégation : Religion d’hommes. Religion de femmes.

— Politiq. Religion d’État, Celle qu’un État déclare être celle qu’il professe, tandis qu’il ne fait que tolérer les autres : Une religion d’État est un crime de lèse-conscience. (Vacherot.)

— Loc. fam. La religion de saint Joseph, Se dit du mariage.

— Encycl. Les dictionnaires et les catéchismes définissent en général la religion le lien qui unit l’homme k Dieu. Cette définition est-elle exacte ? embrasse-t-elle toutes les religions ou du moins toutes les doctrines qui prétendent à ce nom ? C’est ce que nous aurons plus loin l’occasion d’examiner.

Quand on étudie l’histoire depuis les temps les plus reculés, on est frappé du rôle important que la religion a toujours joué parmi les hommes. Dès lors, on est amené à se poser cette première question : le sentiment religieux est-il inné chez l’homme ? Sur un sujet si important, donnons d’abord la parole à un homme religieux, nous verrons ensuite ce que les libres penseurs savent répondre.

L’homme a des besoins naturels qu’il apporte eu naissant et qui proviennent de sa constitution ; boire, manger, dormir, connaître, aimer sont des nécessités de notre

nature auxquelles nous ne pouvons nous soustraire. La religion répond k l’un de ces besoins innés de notre être. Dans tous les pays, à toutes les époques de la civilisation, nous rencontrons un culte. Divers selon les temps, les peuples, les lieux, lès races, il n’en atteste pas moins d’une manière irréfragable l’existence permanente et l’universalité du sentiment religieux. Devant cette manifestation unanime, qui voudrait contester que l’homme primitif soit naturellement religieux ?

Il s’est rencontré pourtant des écoles décidées à soutenir l’opinion contraire. Les matérialistes de nos jours se font nécessairement

les défenseurs de cette thèse, mais leurs objections et leurs critiques ne résistent pas plus a l’examen que celles de leurs prédécesseurs du siècle dernier. On se souvient

qu’à cette époque Volney, dans ses Ruines, mais surtout Dupuis, dans son Traité sur l’origine des cultes, prétendirent démontrer la non-réalité du sentiment religieux. S’inspirant du baron d’Holbach, de Lamettrie, de Diderot, ils essayèrent d’expliquer l’existence des religions par la sagesse des législateurs ou l’artifice des prêtres. On comprend très-bien le sentiment de réaction contre le catholicisme qui engageait dans cette voie les

philosophes du siècle dernier ; on comprend que, voyant la religion à travers le culte des Dubois, des Louis XIV et des Louis XV, ils aient voulu la proscrire ; mais ce qu’on ne conçoit guère, c est qu’ils se soient contentés d’aussi fuibles raisons. Comment est-il possible d’admettre, en effet, que les législateurs ou les prêtres eussent inventé la religion pour assujettir les peuples s’ils n’avaient trouvé eu eux-mêmes le sentiment religieux ? mais surtout comment ces inventions auraientelles jamais eu aucune influence sur l’esprit des masses, si ces prétendues inventions n’avaient trouvé un point d’appui dans les cœurs ? Soutenir que les religions ont existé sans un sentiment religieux, autant vaudrait dire que les législations commerciales ont créé le commerce ou les professeurs de chant le sens musical.

Quant aux matérialistes contemporains, ils affirment que la religion est une faiblesse, une illusion dont l’humanité se débarrasse à

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mesure qu’elle progresse dans la connaissance de l’univers. Les découvertes incessantes de la chimie, de la physiologie, de la géologie, de la physique, de toutes tes sciences expérimentales en un mot, sont autant de coups portés à la religion. On ajoute enfin que cette universalité dé la religion dont on parle n’existe pas ; que certains voyageurs ont découvert des peuplades sauvages extrêmement grossières qui ne professaient aucun culte. À ces observations, il y a une double réponse à faire. Tout d’abord, il est possible que la science soit hostile à certaines traditions religieuses, à certains dogmes admis ; il est possible, par exemple, Que la géologie prouve l’inexactitude de la chronologie mosaïque ou l’impossibilité d’un déluge universel ; il est possible que la critique historique ruine les faits miraculeux racontés diins les livres sacrés des différentes religions, tandis que l’observation ne peut en constater un. seul ; mais qu’importent ces’attaques dirigées contre des traditions erronées ? Elles ne peuvent atteindre le sentiment religieux qui & son origine, non pas dans tel ou tel livre, mais dans les besoins éternels de l’âme humaine. En second lieu, on doit remarquer

que la plupart des assertions des voyageurs qu’on invoque reposent sur des observations incomplètes. Seraient-elles d’ailleurs parfaitement exactes, que nous n’en serions nullement embarrassés. Que prouveraient-elles, en effet, contre la nature religieuse de l’homme ou contre l’universalité dé la religion ? Il y a des sauvages qui ne savent pas compter au-dessus de 20 : en conclura-t-on que les calculs supérieurs ne sont pas naturels k l’humanité ? Il y a dans le monde des aveuglesnés et des idiots : en conclura-t-on que l’homme est dépourvu de la faculté de voir et de toute intelligence ? Les conséquences que nos contradicteurs prétendent tirer de faits isolés sont pourtant aussi logiques. Comme l’a dit M. Renan dans ses Études d’histoire religieuse, « l’humanité est religieuse…., et si l’homme, par un effort spontané, aspire à saisir la cause infinie et s’obstine à dépasser la nature, n’est-ce pas un grand signe que, par son origine et sa destinée, il sort de l’étroite limite des choses finies ? À la vue de ces efforts sans cesse renouvelés pour escalader le ciel, ou se prend

d’estime pour la nature humaine, on se persuade que cette nature est noble et qu’il y a lieu d’en être fier ; alors aussi on se rassure contre les menaces de l’avenir. Il se peut que tout ce que nous aimons, tout ce qui fait & nos yeux l’ornement de la vie, la culture libérale de l’esprit, la science, l’art soient destinés k ne durer qu’un âge, mais la religion ne mourra pas. Elle sera l’éternelle protestation de l’esprit contre le matérialisme systématique ou brutal qui voudrait enfermer

l’homme dans la région inférieure de la vie vulgaire. »

Mais si la religion n’a pas d’intermittences, elle ne demeure pas toujours identique a elle-même. Elle se transforme avec les âges, avec les progrès de l’esprit humain. Elle prend diverses formes suivant les races et suivant les lieux. Ainsi, dans l’antiquité, on calcule qu’il y a eu autant de religions que de langues, peut-être plus de deux mille. Comment en eût-il été autrement ? Tous les peuples ont toujours cru qu’au-dessus et au-dessous des apparences premières des choses il y avait un être ou des êtres’supérieurs à l’homme, dont celui-ci dépendait et qu’il se sentait porté à adorer. Lorsque l’homme, se développant davantage et agrandissant ses facultés, sentait que les objets de son culte étaient au-dessous de lui, il ne pouvait continuer à les adorer ; mais le besoin religieux existant toujours en lui, il s’élevait ainsi peu à peu à la conception d’un être ou d’êtres supérieurs k ceux qu’il adorait auparavant. C’est de cette manière que nous voyons l’humanité s’élever successivement du polythéisme au monothéisme. Tout d’abord, l’homme croit reconnaître âne puissance divine dans io premier objet qui parle vivement a son imagination et qui lui parait redoutable ou utile ; nous avons alors le fétichisme, la forme la plus grossière du polythéisme. Puis l’homme adore les fleuves, les montagnes, les étoiles, les arbres comme autant de divinités ; plus tard, il en vient à les considérer seulement comme la résidence de ces divinités ; mais en définitive, sous toutes les croyances et tous les mythes, on retrouve constamment l’adoration de la nature, de ses forces et de ses phénomènes les plus remarquables envisagés comme des êtres personnels et intelligents. Enfin, quand on eut reconnu qu’il y avait de l’ordre dans la nature et que les divers phénomènes étaient subordonnés les uns aux

autres, ceux-ci étant la cause ou la conséquence de ceux-là, on organisa les différentes divinités en un système de dieux et de déesses dont les relations supposées dérivaient du phénomène que chacun d’eux personnifiait. Ce polythéisme devait nécessairement aboutir à la doctrine monothéiste. L’élimination des dieux secondaires ne devait finalement laisser debout qu’un seul Dieu.

Toutes ces formes religieuses ont eu leur culte, dont la plus saillauie cérémonie était le sacrifice. Sacrifice de propitiation, pour se rendre la divinité favorable ; sacrifice d’action de grâces, pour lut montrer sa gratitude ; sacrifice d’expiation, pour apaiser sou courroux ; c’est toujours par le sacrifice que se