Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 14, part. 3, Sois-Suj.djvu/34

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moyens employés par M. Malingié. La difficulté d’amener en peu de temps l’agriculture de la Sologne au point de perfection qu’eût exigé l’introduction d’une race étrangère améliorée donna l’idée à quelques propriétaires de garder la race du pays en l’améliorant de plus en plus par la sélection et une nourriture plus substantielle. La race ovine solognote se trouva fort bien de ce traitement, et, sans rien perdre de ses qualités premières, qui sont une grande rusticité, une sobriété a toute épreuve et la faculté de donner à la boucherie une viande remarquable par sa saveur, elle augmenta sensiblement de taille et donna une laine de qualité bien supérieure. Il s’en faut bien, certes, que toute la population ovine de ce pays participe encore à ce mouvement. On retrouve toujours sur un très-grand nombre de points l’ancienne race demeurée stationnaire ; mais c’est que là le sol lui-même n’a pas augmenté de valeur et que ses produits, en dépit du temps, sont toujours les mêmes.

Sologne (un marais dans la), tableau de M. Jules Dupré (Exposition universelle de 1867). Sous un ciel gris, assez lumineux, s’étend une vaste plaine, dont l’uniformité est rompue çk et là, par quelques bouquets d’arbres et des touffes de broussailles ; à travers les prés, zigzague une rivière où se mirent ’ les nuages ; au premier plan, un homme est assis dans un petit bateau.

Cette peinture, très-riche de tons et très-harmonieuse, est exécutée avec une extrême

énergie et en même temps avec une grande finesse. Elle a fait partie de la collection de M. Marmontel, dont la vente a eu lieu en 1868.

La solitude mélancolique de la Sologne a été bien rendue par M. René Verdier dans un tableau qui a paru au Salon de 1870 et qui a été gravé k l’eau-forte par Mlle Marie Duclos ; mais c’est M. François Blin que cette campagne plate et triste a le mieux inspiré ; on a beaucoup remarqué un tableau que cet artiste a exposé au Salon de 1865 sous ce titre : Un Soir d’été en Sologne. • Il se dégage de cette œuvre, a dit un critique, une harmonie qui réjouit les yeux, en même temps qu’elle berce l’âme comme ferait une symphonie. » Déjà, au Salon de 1857, M. Blin avait exposé deux Vues prises en Sologne, dont l’une offrait un effet du soir très-poétique. M. Porcher a peint un Etang en Sologne (Salon de 1869) et M. L. Belly une Lande en Sologne (Salon de 1875).

SOLOGNOT, OTE S. et adj. (so-lo-gnot, o-te ; gn mil.). Géogr. Habitant de la Sologne ; qui appartient à ce pays ou k ses habitants : Les Solognots. La population solognote.

SOLOMOS (Denis), poSte grec moderne. V. Salomos.

SOLON s, m. (so-lon — nom d’un législateur athénien). Législateur intègre : 11 est là des tyrans, des ministres cruels, Et des Salons d’un jour qu’on proclame immortels.

Micqaud.

SOLON, législateur, homme d’État, poète et philosophe, un des sept sages de la Grèce, né dans l’île de Salamine, près d’Athènes, en 638 avant notre ère, mort dans l’île de Chypre vers l’an 559, à l’âge déplus de quatre-vingts ans. Son père, Exécestidas, était le représentant d’une des plus vieilles familles athéniennes et passait pour descendre du roi Codrus. Sa mère, qui fut l’aïeule de Platon, était cousine germaine de la mère du tyran, Pisistrate. Malgré son illustration d’ancienne date, la famille de Solon était pauvre, et il dut se livrer au commerce pour se refaire un patrimoine. Le commerce des Athéniens était surtout un commerce maritime et se faisait de préférence dans les pays étrangers à la Grèce. Solon voyagea donc. « Cependant, dit Plutarque, au rapport de quelques auteurs, ce fut plutôt pour acquérir de l’expérience et de l’instruction qu en vue du profit que Solon se mit k voyager. » Quoi qu’il en soit, la fortune qu’il avait amassée dans ses voyages et les connaissances qu’il en rapporta le placèrent au rang despremiers citoyens de lu cité, A des connaissances étendues sur les lois, les mœurs et la politique, il joignait des talents poétiques remarquables. Les* historiens ^ïe représentent comme un homme d’un ca"ractère doux et facile. On lui reproche même de n’avoir pas toujours montré dans sa conduite l’austérité de mœurs qui convient à un philosophe et k un réformateur. Mais il ne faut pas oublier que les anciens n’avaient pas sur la morale les mêmes idées que nous. Personne n’a jamais contesté, au reste, son ardent patriotisme et ses vertus publiques.

Durant son absence, les Athéniens, après une guerre prolongée contre les habitants de Mêgare, avaient été chassés de Salamine. Les efforts infructueux qu’ils avaient faits pour la reconquérir avaient tellement lassé leur courage, qu’une loi avait défendu sous peine de mort de parler encore de cette affaire. Cependant, lorsqu’un certain laps de temps fut écoulé, le souvenir de leurs désastres s’était évanoui, et le peuple désirait vivement reprendre Salamine. Mais nul n’osait mettre la question eu avant à. cause de la peine do mort prononcée par la loi. Solon contrefit l’insensé. Le moyen était fort ingénieux : il sort un jour de chez lui avec un chapeau sur la tête, comme les malades avaient coutume d’en porter, et se rend sur l’Agora. Une grande

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foule l’y ayant suivi, il monta sur les pierres d’où les orateurs parlaient au public et se mit k réciter une élégie, dont il reste quelques vers : « Je suis venu moi-même, disaitil, en héraut de Salamine si regrettable ; c’est un chant ; ce sont des vers que je vous apporte au lieu de discours.* Son élégie était intitulée Salamine, -on y lisait au début : « Que ne suis-je né à Pholégandre ou k Sicinne au lieu d’être Athénien I que ne puis-je changer de patrie 1 car partout j’aurai à entendre ces mots injurieux ; Cet homme est un des Athéniens qui ont fui de Salamine. » Il Unissait par exhorter ses concitoyens k recommencer la guerre : « Allons à Salamine, allons reconquérir cette île désirée et nous délivrer du poids de notre honte. » Les Athéniens répondirent avec enthousiasme : « Allons à

Salamine 1 • Sur l’initiative de Pisistrate, la loi qui défendait de parler de reconquérir cette île fut abrogée et on prépara une expédition à la tête de laquelle on plaça Solon, qui reprit Salamine, sa patrie. Une autre expédition heureuse dont il eut le commandement acheva de porter au plus haut point l’influence que lui donnaient déjà sa naissance et son savoir.

La cité était alors pleine de troubles et de divisions. Une aristocratie oppressive et spoliatrice (les eupatrides), en possession de toutes les grandes charges, qui tendait de plus en plus à l’oligarchie et à l’augmentation de ses privilèges ; une démocratie ombrageuse (les hyperacriens), opprimée, écrasée par les dettes et l’usure, contrainte de céder aux riches le sixième de ses produits, d’engager dans les liens de la servitude la personne de ses membres, dépouillée de ses terres, de ses biens et de sa liberté, toujours prête k la révolte ; un tiers parti (les para~ liens) composé de commerçants aisés, les bourgeois de l’époque, mais dont les intérêts étaient sans cesse menacés par le choc imminent des autres classes et qui ne demandaient que la sécuriié du commerce et un gouvernement modéré : tel était l’état de la république au moment où une foule de citoyens songèrent à Solon pour lui confier la mission de réformer les lois et d’apaiser les partis. Solon n’était inféodé à aucune faction et par conséquent jouissait d’une entière indépendance par sa position sociale comme par son caractère. Sa réputation de sagesse était faite, d’autre part ; tout le monde s’accorda donc k je prendre pour arbitre et à le choisir pour donner une constitution à 1» république. Ce fut dans cette intention qu’il fut élu seul archonte en 595. Il était riche, et par ce côté il ne déplaisait point à l’aristocratie ; d’un autre côté, sa probité reconnue le recommandait au peuple. Dès qu’il fut au pouvoir, les grands lui conseillèrent de le garder et par suite de rétablir la monarchie à son profit. Le mot ni la chose ne lui convenaient. On lui proposait en vain l’exemple de Tymondas en Eubée et celui de Pittacus dans l’île de Mitylène. Il s’y refusa obstinément, disant que la tyrannie est un beau pays, mais qu’il ne voyait’ pas comment on en pouvait sortir. Ses amis se moquaient de ses scrupules : > Solon, disaient-ils, n’a été ni un esprit profond ni un homme avisé ; les biens qu’un dieu lui offrait, il n’a pas voulu les recevoir. Après avoir enveloppé le poisson, le pêcheur n’a pas tiré le filet ; l’esprit égaré, il a perdu la tête. A ta place, ô Solon, j’aurais voulu gagner une fortune immense et régner sur Athènes un seul jour, dussé-je ensuite être écorché vif et voir périr toute ma race. » C’est encore ainsi que raisonnent et que font de nos jours les ambitieux vulgaires ; mais Solon n’était pas fait pour étro de leur bord. Le législateur des Athéniens, par tempérament, n’était pas de cette famille d’oiseaux de proie, heureusement pour ses concitoyens. Il se mit donc à l’œuvre, avec le but louable de ne point travailler à fonder une dynastie, mais un gouvernement qui put donner de la grandeur à sa ville. Ce n’était pas un utopiste. Avec l’intention de concilier les intérêts opposés, il ne voulut point bouleverser l’État ; se trouvant en présence de difficultés sérieuses et dans’des circonstances difficiles, il fit, non ce qu’il voulut, mais ce qu’il put. Cela se voit à la réponse qu’il rit quelque temps après, quand on lui demanda s’il avait donné aux Athéniens les lois les meilleures ; « Oui, répondit-il, les meilleures qu’ils pussent recevoir. »

Il commença par abroger la législation de Dracon, trop rude pour le caractère et les mœurs du peuple dont elle avait en vue de régler les actes, puis il détermina la forme du gouvernement. La législation qui porte son nom considérée comme démocratique, est en réalité un mélange d’aristocratie et de démocratie, un essai de conciliation des deux principes, avec des précautions prises contre l’esprit de changement, inspirées par cette aspiration à l’immobilité qui caractérise les législations antiques. Respectant le principe de la propriété foncière et ne voulant pas troubler les fortunes acquises, Solon refusa le partage des terres, comme le demandaient les pauvres, dont un grand nombre, il faut le dire, avaient été dépouillés. Mais, pour soulager leur intolérable misère, il décréta une véritable abolition des dettes par sa mesure delà sisachthie (dégrèvement), qui consistait k déduire du capital des dettes les intérêts déjà payés et à élever, pour le remboursement du reste, la valeur nominale de la monnaie. Ces sortes de

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révolutions, assez fréquentes dans l’antiquité, tenaient k une économie politique particulière et n’avaient pas le même caractère qu’elles auraient de nos jours. Il abolit aussi 1 esclavage pour dettes, la contrainte par corps, adoucit la rigueur des lois de Dracon, et, de toutes celles qui avaient été promulguées par cet inexorable législateur, ne conserva intactes que celles qui concernaient l’homicide. Fidèle k son système de contrepoids et de pondération, en même temps qu’il donnait la puissance souveraine k l’assemblée du peuple, composée de toutes les classes de citoyens et qui devait statuer sur toutes les affaires publiques, sur le choix des généraux et des magistrats, il laissa les nobles et les riches en possession exclusive des magistratures et il établit ou réorganisa un sénat qui avait l’initiative de toutes les lois et discutait toutes les propositions avant qu’elles pussent être soumises aux délibérations du peuple. Puis il divisa les citoyens en quatre classes, suivant la quotité de leurs revenus : l» les pentacosiameaimni (500 médimnes) ; 2° les Iriacasiomedimni (300 et un cheval) ; 3° les zeugites (200 et un attelage de bœufs) ; 4° les thétes (mercenaires), qui comprenaient les petits propriétaires et les artisans. Outre ces classes de citoyens, on sait que la population de l’Attique se composait encore d étrangers, ou métèques, objet d’une législation particulière, et d’esclaves. Les trois premières classes purent seules être admises aux emplois et aux magistratures ; la quatrième participait aux droits électoraux et pouvait fournir aux tribunaux publics les juges tirés au sort dans les tribus. Le pouvoir exécutif continua de résider entre les mains des archontes, et l’Aréopage, composé des archontes sortis de charge, demeura le tribunal suprême pour les causes capitales, fut chargé de l’inspection des mœurs, de l’examen de la conduite des archontes et fut investi du droit de reviser les décisions du peuple. (V. aréopage, archonte, etc.) Solon décerna des peines contre tout citoyen qui, dans un temps de troubles, ne se déclarerait pas ouvertement pour un des partis. Il pensait par ce règlement tirer tous les gens de bien d’une inaction funeste, leur faire embrasser la cause la plus juste et sauver ainsi la république. Une autre loi vouait tout usurpateur à la mort et permettait aux citoyens d’arracher la vie, non-seulement k un tyran et à ses complices, mais encore aux magistrats qui continueraient leurs fonctions après la destruction de la démocratie. En ce qui concerne les lois civiles et criminelles, nous trouvons quelques dispositions remarquables : tout Athénien était moralement solidaire des outrages, des violences et des insultes subis par "Un de ses concitoyens, et son devoir était de poursuivre l’agresseur devant les tribunaux. On voit que le législateur restait fidèle k la maxime qu’il avait énoncée comme philosophe : « La cité la mieux organisée est celle où tous les eitoyens ressentent l’injure faite k l’un d’eux et en poursuivent la réparation aussi vivement que celui qui l’a reçue. > Il multipla aussi dans sa législation les moyens de mettre le citoyen obscur à l’abri des attentats de l’homme riche et puissant. La liberté individuelle fut considérée comme si sacrée, que les lois.seules purent en suspendre l’exercice ; et le citoyen lui-même ne put l’engager ni pour dettes, ni sous quelque prétexte que ce fût. Avant Solon, un père avait le droit de vendre ses enfants. Sans abolir absolument cette horrible coutume, ce que l’état des mœurs ne permettait peut-être pas, il la restreignit de façon qu’un citoyen ne pût, en aucun cas, vendre son fils, et ne put vendre sa fille ou sa sœur que dans le cas où il aurait été témoin de leur déshonneur. Il consacra aussi la coutume du partage égal de l’héritage paternel entre tous les enfants. Ses règlements sur le commerce, l’agriculture, les testaments, la tutelle, les donations, les contrats, etc., présentaient également des dispositions fort sages et dont quelques-unes ont passé dans la jurisprudence des Romains et des peuples modernes. Les lois de Solon gardent le silence sur le parricide. Pour en inspirer plus d’horreur, le législateur a supposé qu’il n’était pas dans l’ordre des choses possibles. Une préoccupation du législateur était d’assurer à ses institutions la durée, qui consacre seule le mérite d’une œuvre de ce genre. Il voulut que les Athéniens s’engageassent par serment k observer ses lois pendant dix ans, et tous les corps de l’État le jurèrent sur les autels des dieux.

Déposant alors l’autorité, il s’éloigna d’Athènes pour voir comment sa constitution fonctionnerait et se mit k voyager. Solon se rendit d’abord en Égypte, puis en Lydie. En Égypte, il s’établit « vers les embouchures du Nil, près des rives de Canope. • Il voulait étudier sur place la sagesse égyptienne et, dans ce projet, il se lia d’une manière intime avec deux prêtres, Psénophis d’Héliopolis et Souchis de Sais, les deux plus savants hommes du pays. Ce fut d’eux qu’il recueillit les traditions sur l’existence de l’Atlantide. Il quitta bientôt Canope pour aller séjourner à Sais, dont les habitants, paraît-il, aimaient beaucoup les Athéniens. De Sais, Solon se rendit dans l’île de Chypre, où un prince du nom dePhilocyie l’accueillit avec empressement et donna son nom à une ville qu’il venait de fonder. Le voyage de Solon en Lydie

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et surtout ses entretiens si connus avec le roi Crésus, qui ne monta sur le trône qu’en 560, alors que le législateur des Athéniens était de retour dans sa patrie, paraissent apocryphes. On cite pourtant volontiers les maximes que lui prête Plutarque dans cette occasion. Si elles ne sont pas de lui, elles caractérisent au moins ses principes. C’est à la cour de Crésus que le fabuliste Ésope au-rait dit au philosophe ; • Trop véridique Solon, il faut ou n’approcher point de la personne des princes ou. ne leur dire que des vérités agréables. — Vous vous trompez, répondit Stdon, il faut ou se tenir éloigné des princes ou ne leur dire que des vérités utiles.»

Cependant les lois promulguées k Athènes par Solon n’avaient pu s’y implanter facilement.

À l’époque où le philosophe revint k Athènes, Pisistrate s’était emparé peu k peu de la confiance du peuple et du pouvoir. Il ne l’exerçait point officiellement ; mais on ne faisait rien qui ne fût inspiré par lui ; il essaya de flatter Solon, son parent et son ami. Celui-ci, voyant Pisistrate se frayer sournoisement le chemin du pouvoir absolu, résista d’abord k ses avances, puis, après avoir acquis la certitude qu’il ne parviendrait pas k détourner de ses desseins cet homme ambitieux et habile, il rompit brusquement avec lui. Les Athéniens fascinés étaient k la discrétion de leur nouveau maître qui, après s’être lui-même blessé et couvert de son propre sang, se rit porter sur l’Agora, en criant : « Athéniens, voilà la récompense quj attend les amis du peuple. » Le peuple en fureur s’apprêtait à massacrer les adversaires de Pisistrate, si Solon n’avait usé d’un reste d’influence pour s’y opposer. Il alla trouver Pisistrate : « Fort bien, lui dit-il, mais tu joues malle personnage d’Ulysse, Ulysse s’égratigna pour tromper ses ennemis ; toi, tu te déchires la peau pour tromper tes concitoyens. •

Les objurgations de Solon n’eurent d’effet ni sur l’esprit du tyran, ni sur celui de la multitude. Elle vota une garde de cinquante hommes k Pisistrate, dont l’autorité souveraine était désormais établie. Solon, pour n’être pas témoin de cet état de choses, retourna en Égypte, où il vécut quelque temps k la cour du roi Amasis. Elien raconte ainsi la conduite de Solon lors du vote d’une garde k Pisistrate : « Lorsque Pisistrate, dans une assemblée, demanda qu’il lui fût donné une garde, Solon, fils d’Exécestidas, déjk vieux, le soupçonna d’aspirer k la tyrannie. Mais remarquant qu’on écoutait sans intérêt les conseils qu’il donnait et que la faveur du peuple était pour Pisistrate, il dit aux Athéniens : ■ Parmi vous, les uns ne sentent pas ■ qu’en accordant une garde k Pisistrate on « en fera un tyran, et les autres, prévoyant l’effet de sa demande, n’osent néanmoins s’y opposer ; pour moi, je suis plus clairvoyant que les premiers et plus courageux que les seconds. » Pisistrate, reprend Elien, obtint ce qu’il demandait et parvint en effet k la tyrannie. Depuis ce temps, Solon, assis k la porte de sa maison, tenant sa lance d’une main et de l’autre son bouclier, ne cessait de dire : « J’ai pris mes armes pour défendre la patrie autant que je le pourrai. Mon grand âge ne me permet plus de marcher k la tête de ses armées ; mon cœur du moins corabattra pour elle. » Quant à Pisistrate, soit respect pour la haute sagesse de ce grand homme, soit tendre souvenir de l’amitié un peu suspecte ou du moins équivoque que Solon lui avait témoignée dans sa jeunesse, il ne lui fit point éprouver son ressentiment. ■ Ajoutons qu’il maintint la plupart des lois du législateur vénéré des Athéniens.

Solon finit par s’exiler pour se soustraire au spectacle de l’asservissement de sa patrie. On croit qu’il mourut en 559, k la cour de Philocyre, roi de Chypre. Il ordonna que ses restes fussent rapportés k Athènes, brûlés, et la cendre répandue dans les campagnes de l’Attique. Ses concitoyens lui élevèrent une statue de bronze ; on lui éleva une autre statue k Salamine, où il était né.

Solon n’était d’aucune école philosophique, ou plutôt sa philosophie, comme celle de Socrate et des stoïciens, fut une philosophie pratique, c’est-k-dire purement morale.

Comme poète, il n’a guère fait que mettre en vers, pour les confier plus aisément à la mémoire, des axiomes politiques qui sans cette précaution n’auraient pu passer k la postérité, en l’absence de toute littérature écrite.

Comme législateur, l’histoire le place au premier rang parmi ceux qui ont fait l’éducation sociale du genre humain. Ses institutions politiques ont été louées par Aristote. Solon avait coutume de dire d elles : « J’ai ■ armé chaque parti d’un solide bouclier ; je n’ai pas permis k l’un de vaincre l’autre injustement. ■ C’est la vraie notion-du droit et de l’indépendance personnelle. Les orateurs, les historiens, quelques fragments des poésies de Solon contiennent des extraits quelquefois étendus de ces lois, dans lesquelles on trouve d’intéressantes prescriptions sur les relations civiles des citoyens. Il essaya de conférer au mariage de la dignité en empêchant qu’il pût devenir une spéculation. La luxe des femme3 était un obstacle : il stipula qu’elles ne pourraient avoir pour dot que trois robes et quelques meubles de première nécessité. Une clause singulière permettait k la jeune fille qui épousait un vieillard de se choisir un amant parmi les parents du mari.