Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 17, part. 1, A.djvu/274

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En juillet, août et dans le commencement de septembre, il devient imprudent de sortir, même en casque, entre huit heures du matin et cinq heures du soir ; c’est une habitude à laquelle on se soumet d’ailleurs très facilement, tant la nécessité s’en fait sentir. Chaque soir, vers les trois heures ont voit des nuages noirs s’amonceler dans la direction du S. ; la tension électrique devient énorme, les éclairs sillonnent la nue ; peut-être l’orage se déclarant va-t-il amener de la fraîcheur ? Vain espoir ! Il passe au-dessus de la plaine pour aller éclater dans les montagnes du Laos, sans avoir calmé, par un abaissement d« température, l’action énervante que sa formation avait produite sur l’organisme humain. Par bonheur, les nuits sont généralement supportables ; l’appétit se maintient assez bien, et lorsque les conditions d’installation sont bonnes, l’état sanitaire y peut être satisfaisant. La dysenterie fournit en moyenne les deux tiers des décès des Européens. C’est la maladie épidémique, en quelque sorte, de l’Annam central et elle se présente avec un caractère de gravité qu’on ne trouve pas ailleurs ; les rechutes sont faciles, et l’homme qui retombe est destiné à se traîner péniblement, presque sans espoir de guérison. Le changement de localité est le seul remède qui puisse avoir quelque influence sur son état.

Productions naturelles. Commerce, industrie. Les montagnes de l’Annam abondent er. minerais. Il y a du zinc, du cuivre, du fer, et, parait-il, de l’or et de l’argent, dans les environs de Hué et de Tourane ; le Quang-Nam est la plus riche province au peint de vue minier. Des gisements/houillers existent dans le Thanh-Hoa. Pour exploiter les marais salants de la baie de Quinhone et de celle de Nuoc-Ngot, les Annamites « répandent de l’eau de mer sur des monticules de terre qui sont rapidement saturés de chlorure de sodium, sous l’influence de l’évaporaiion produite par la vapeur solaire. La terre saturée est alors lavée avec de l’eau douce et cette eau est évaporée dans des bassins. Le produit obtenu est assez beau, bien cristallisé, quoiqu’un peu gris et terreux •. Les échantillons du commerce local, que l’on rencontre sur la plupart des marchés, sont les suivants : 1° produits alimentaires : œufs, poissons, poulets, canards, porcs, chiens, vermicelle, sel, patates, huoeinam, ignames, cannes à sucre, cassonade, sucreries, nougats, riz décortiqué, thé, oranges, mandarines, bananes, cocos, ananas ; 20 poteries : terres cuites ordinaires, faïence !

communes à dessins bleus, jarres, marmites

en cuivre ; 3° habillements : chapeaux, soies, crépons, manteaux en paillottes ; 4° divers : riz non décortiqué, noix d’arec, bétel, écorces pour teinture, boites, tabac, nattes, cordes eu fil de coco, cercueils, incrustations grossières, oreillers en varech, etc. Les échanges avec le Laos se font à certains marchés frontières, désignés par le gouvernement, et dont le plus important est celui de Cam-Lo. Les sauvages vendent aux Annamites de la cire, du miel, de l’ivoire, des cornes, des peaux de rhinocéros, da la résine, des torches, des arachides, du sésame, des lentilles, des haricots, des citrouilles, du maïs ; ils reçoivent en échange du sel, du riz, des poteries, de l’alcool, de l’opium, des pioches, des pelles et de la verroterie. Quant au commerce extérieur, il est presque entièrement fait par les Chinois, qui importent eu Annan des cotonnades, des porcelaines communes, des drogues médicinales, des allumettes, du papier et de l’opium. L’industrie indigène est très peu développée ; elle ne vaut pas qu’on s’y arrête. Le cabotage annamite, qui s’exerce entre le Tonkin, le Ngbé-Anh, le Quang-Nam d’une part et le reste du royaume, consiste principalement dans l’exportation du riz et d’une cannelle d’excellente qualité. En résumé, industrie et commerce sont peu florissants : ils ne peuvent le devenir que lorsque les richesses naturelles du pays seront exploitées et que les échanges seront facilités par des voies de communication. A part les travaux d’endiguement des fleuves, qui sont rares, le réseau des routes terrestres ne se compose guère que d’une grande voie, la route royale ou mandarine, qui traverse l’empire du N. au S. et va de Hué à la frontière de Chine. Cette route, d’une largeur moyenne de 6 mètres, se dirige au S. jusqu’à la frontière de Cochinchine, sur le territoire de laquelle elle continuait autrefois pour aboutir au golfe de Siam ; elle a en Annam seulement une longueur de 363 lieues : c’est une artère principale k laquelle aboutissent chemins et sentiers perpendiculaires, malheureusement trop étroits pour être praticables aux voitures. La route mandarine elle-même est si mal entretenue que l’on doit souvent remplacer les charrettes à buffles par les coolies et les bêtes de somme. Une autre route, de date plus récente, passe par Cam-Lo et rejoint par les régions montagneuses la rivière Noire et le haut Songkoï en tournant le Delta. Entre Hué et les principaux points du territoire, il se fait un service de poste officielle, au moyen de courriers fournis par les villages et échelonnés à divers relais. Nous avons employé à dessein le mot officiel, car pour les particuliers la poste n’existe pas en Annam. ^, a ville marchande de Hué fait on commerce pure ANNA

ment local et a son principal aliment dans la fourniture et le transport des produits destinés aux magasins royaux. Le port de Quinhone est le seul dont le mouvement commercial et maritime ait quelque importance.

Les monnaies annamites sont les taëls d’or, et d’argent ; les premiers ont ordinairement quatorze ou quinze fois la valeur des seconds. Leurs poids et leurs titres sont trop irréguliers pour qu’on puisse en donner une évaluation précise. Il circule, indépendamment des sapèques chinois, des monnaies françaises, des dollars américains et des piastres espagnoles ; les dollars et les piastres sont pris pour S fr. 55. Quant à la ligature, elle vaut 1 franc : elle se compose de 600 rondelles de zinc, percées d’un trou au milieu et enfilées par un lien en rotin ; dix paquets de ligatures réunis portent le nom de thuc. Les poids usités sont : le quan (312 kilogr. 4) ; le ta ou picul (62 kilogr. 48) ; le binh (31 kiiogr. 24) ; le yen (6 kiiogr. 248) ; le eau (624 gr. 8) ; le nen (390 gr. 5) ; le luong (39 gr. 05). La mesure linéaire la plus habituellement employée est le covid ou coudée, qui correspond à 381 millimètres. Comme mesure itinéraire, le liannamite est la dixième partie d’one lieue commune de France de 25 au degré, et vaut par conséquent 444m,44 ; le dans vaut 2 li ou 889 mètres, et 5 dam font une lieue.

Divisions politiques. Le royaume d’Annamest divisé en 12 provinces : 1« Thanh-Hoa, cap. Thanh-Hoa ; 20 Nghé-Anh, cap. Vinh ; 30 Ha-Tinh, cap. Ha-Tinh ; 40 Qnang-Binh, cap. Dong-Hoï ;50Quang-Tii, cap. Quang-Tri ; 60 Quang-Duc, <ap. Hué ; 7° Quang-Nam, cap. Quang-Nam ; 8<> Hoang-Ngaï, cap. Hoang-Ngaï ; 9» Binh-Dinh, cap. Quinhone ; lO»Phu-Ven, cap. Phu-Yen ; lio Hhanh-Hoa, cap. Hhanh-Hoa ; 12° Binh-Thuan, cap. Binh-Thuau. Toutes ces capitales sont dotées d’une citadelle, résidence des fonctionnaires. Les centres de population ne forment pas toujours un groupement : l’étendue de la ville ou du village qui porte un certain nom est parfois considérable, de sorte que l’on

fieut, à un moment donné, traverser un vilâge, passer dans un autre, et à la sortie de celui-ci retrouver la suite du premier.

Protectorat français. Gouvernement, administration. Le royaume d’Annam est placé sous le protectorat de la France. Aux termes du décret du 27 janvier 1886, le protectorat de l’Annam et du Tonkin constitue, au regard de la métropole, un service spécial, autonome, ayant son organisation, son budget et ses moyens propres : c’est le budget du protectorat qui supporte les dépenses des troupes et de l’administration. Le chef du protectorat, qui relève du ministre des Affaires étrangères, porte le titre de Résident général. Il représente la République française auprès de la cour de Hué, exerce les attributions prévues par les traités, préside aux relations da l’Annam avec l’étranger, ainsi qu’aux rapports entre Français et Annamites, contresigne les décrets et actes du roi, est à la tête de l’armée, organise les divers services, nomme à tous les emplois non supérieurs et préside le conseil du protectorat. Le résident général est assisté par un secrétaire général à Hanoï (décret du 4 juin 1887) et par un résident supérieur à Hué. Il a, en Annam, sous sa direction les résidents de Binh-Thuan, de Quinhone et de Thanh-Hoa, qui, à leur tour, ont sous leurs ordres des vice-résidents.

En droit, l’Annam est une monarchie absolue. Le roi est à la fois souverain temporel, grand pontife, juge suprême, mandataire de la divinité, père et mère du peuple. Comme le chef de l’empire du Milieu, il est, lui aussi, ■ Fils du ciel », et son nom no doit pas être prononcé de peur de commettre une profanation. En sa qualité déjuge suprême, il élabore les décrets qui complètent la loi, la modifient ou la rendent exécutoire. Comme grand pontife, il a le droit exclusif d’offrir, au nom de la nation, des sacrifices au Thuong-Dê, c’est-à-dire au maître absolu des choses et des âmes. Mais élevé dans le harem, soumis à toutes les règles du cérémonial le plus minutieux, écarté avec soin dès sa jeunesse du gouvernement par la surveillance jalouse des véritables détenteurs du pouvoir, il est, en réalité, un simple instrument entre les mains des premiers ministres. Immédiatement au-dessous du roi sont le conseil de censure et le cornât. Le conseil de censure comprend deux présidents, deux membres, un juge pour Hué,

un juge pour les provinces, un chef du secrétariat, des secrétaires et des écrivains. Il contrôle l’administration, surveille les fonctionnaires et adresse des remontrances au

monarque lui-même. Le conseil secret ou Comat- Vien se compose d’un président, des ministres de la justice, des finances, de l’intérieur et de sept employés délégués par les autres ministres. Il y a aussi un conseil royal ou Noi-Cac, qui examine les affaires soumises a l’examen personnel du roi ; il se compose, pour les affaires civiles, d’un grand censeur et de trois o.u quatre vice-censeurs ; pour les affaires militaires, d’un grand maréchal du centre et de quatre maréchaux, vulgairement appelés îles quatre colonnes de

1 empire > ; ce sont : le maréchal d’avantgarde, le maréchal d’arrière-garde, le maréchal de l’aile droite, le maréchal de l’aile

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gauche. Au-dessous viennent les six grands tribunaux ou ministères de l’intérieur, des finances, des rites, de la justice, de la guerre et des travaux publics. Chacun de ces ministères est administré par un président, deux vice-présidents, deux conseillers et un conseiller-secrétaire, ayant sous leurs ordres des

chefs de division, des chefs de bureau, des sous-chefs et des expéditionnaires. Tous les agents payés par le gouvernement, sauf les expéditionnaires, portent le titre de mandarins. Il y a des mandarins civils et des mandarins militaires : les premiers sont choisis parmi les lettrés munis de leurs grades ; les seconds parmi les soldats les plus agiles et les plus adroits dans le maniement de la lance ou du bâton. On compte dans le mandarinat divers degrés, dont chacun se divise en deux classes, et l’on ne peut occuper un emploi civil ou militaire sans être pourvu du grade correspondant dans le mandarinat à cet emploi. Considérés isolément, les mandarins ne sont pas assez indépendants de la volonté du roi pour oser discuter ses actes ; mais, pris collectivement, le grand corps administratif dont ils sont membres est extrêmement puissant, parce qu’il détient les forces dirigeantes de la nation. Les examens, il est vrai, sont la clef du mandarinat ; mais cette institution est, pour ainsi dire, héréditaire, car on est d’une indulgence exceptionnelle pour les candidats fils de mandarins ; il leur suffit presque de savoir lire et écrire les caractères chinois. « Capables, ils le sont tous également, étant tous égaux dans l’ignorance : on a vu de grands mandarins lettrés ne pas connaître l’histoire moderne de leur pays et même ne pouvoir déchiffrer leur propre almanach. ■ D’ailleurs, en vertu du code annamite, lorsqu’un mandarin a acquis quelque mérite, il peut transmettre de plein droit son titre à l’aîné de ses fils, pour peu que le roi y consente. En interdisant k tout fonctionnaire de nommer directement et sans l’assentiment du souverain à une charge publique, le législateur a voulu mettre obstacle au népotisme ; mais la transmission quasi héréditaire des dignités montre clairementqu’on se préoccupe peu, en réalité, des prescriptions sévères de la loi. En résumé, un fonctionnaire annamite qui obéirait a la lettre aux règlements serait l’homme le plus vertueux du monde ; or, comme la perfection ne se rencontre pas plus en Annam qu’ailleurs, la loi, à force d’être rigoureuse, devient absolument impuissante. Il est avéré que les ennemis les plus dangereux de la population annamite sont ses administrateurs. Mal rétribués, tous les fonctionnaires ■ se rattrapent sur la poche du contribuable, chacun en proportion du rang qu’il occupe, dit Dutreuil de Rbins. Du petit au grand, du ministre à, l’officier subalterne, il existe une hiérarchie parfaite, jusque dans les limites assignées aux exactions de chacun. La seule faute condamnable, aux yeux d’un supérieur, est celle dont il ressent personnellement les effets. Le châtiment alors ne se fait pas attendre : châtiment toujours corporel, quel que soit le cas. C’est ainsi que les interprètes du ministère des affaires étrangères, convaincus d’avoir mal traduit une note envoyée par notre agent, à propos du Tonkin, furent condamnés a, recevoir trente coups de rotin. Le médecin du roi eut à subir une fois la même punition, pour avoir donné à Sa Majesté un médicament qui n’avait pas produit l’effet attendu •.

À la tête de chaque province (tinh-ou), et suivant son importance, sont placés des gouverneurs généraux (tong-doc) ou des gouverneurs particuliers (tuan-phù). La province se divise en départements (phû), administrés par un quan-phû, et en arrondissements (huyén), sous la direction d’un quanhuyên ; l’arrondissement se subdivise lui-même en cantons (tông), avec des chefs et souschefs de cantons (cai-tong) et chaque canton en communes (xa ou ton). Voici, d’après M. L. Villurd, quelques renseignements précis sur ces différentes circonscriptions administratives. • Le gouverneur de chaque province a la direction de tous les services civils et militaires ; il a sous ses ordres immédiats : 1* un général, commandant les milices provinciales ; 2* un chef de service administratif ; 3* un chef du service judiciaire ; 4" un directeur de l’instruction publique. Le tong-doc (ou le thuan-phù) correspond avec les ministres et le roi lui-même, mais il n’a pas de bureaux : tous les rapports sont établis en son nom, par les soins des trois chefs de l’administration civile, judiciaire et militaire, et il ne fait que les signer, à moins qu’il ne s’agisse d’affaires confidentielles. Quant aux affaires d’intérêt provincial, elles sont simplement soumises à son visa, sans avoir besoin d’être transmises à la capitale. Au Tonkin, outre les gouverneurs généraux des provinces, il y a un kin-luoe, sorte de vice-roi, qui est l’intermédiaire obligé entre Hué et les divers gouverneurs. De mémo qu’en France, il n’y a pas de sous-préfet au chef-lieu de la préfecture, de même en Annam l’arrondissement où réside le quanphû est administré directement par lui. Les quan-phû. et les quan-huyên, en correspondance avec l’administration provinciale, s’occupent, chacun dans sa circonscription, de répartir les impôts et d’en assurer la rentrée, d’entretenir les voies de communication, d’accomplir les cérémonies rituelles,

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de surveiller la conduite et de proposer la nomination des subordonnés, de veiller à la tranquillité publique, d’encourager les progrès de l’instruction, de rendre des jugements au deuxième degré en matière civile et au premier degré en matière criminelle. Les jugements rendus par cette sorte de sous-préfet sont soumis au visa du préfet, qui ne peut cependant en refuser la ratification. Le quan-huyên ne reçoit d’ailleurs d’ordres du quan-phû que pour les affaires d’intérêt départemental. Il n’y a en Annam que des écoles libres, surveillées, dans chaque phû, par des fonctionnaires spéciaux, inspecteurs desquels on exige certains grades universitaires. Quand un Annamite veut obtenir un de ces grades, il est mis en loge et réiHge un mémoire, qui lui confère le titre de bachelier et lui assure certaines exemptions, des privilèges et l’entrét dans le mandarinat. Pour être reçu licencié, puis docteur, il subit une épreuve analogue, mais le dernier examen, donnant accès aux plus hauts emplois, est passé à la cour même.

Le caï-tông (chef du canton) est assisté d’un sous-chef de canton (phû-tong) et même de deux, lorsque le nombre de la population l’exigé. Les chefs de canton n’ont pas besoin d’être pourvus de grades universitaires : ils sont élus par les délégués des communes ; ils ont, comme administrateurs, des attributions analogues à celles des huyén ; comme juges, ils connaissent des affaires civiles que les notables de la commune n’ont pu parvenir k régler ; enfin, ils exercent certaines fonctions de police judiciaire. Ils ne jugent que sur plaintes verbales, jamais sur plaintes écrites. Ils ne reçoivent aucun traitement de l’État, mais lorsqu’ils rendent un jugement le condamné doit leur abandonner trois ligatures. En outre, comme ils jouissent d’une influence locale très grande, influence que le pouvoir central a tout intérêt à ménager, le roi, s’il est satisfait de leur conduite, leur délivre, au bout de trois ans de bons services et sur la proposition du gouvernement de la province, un brevet royal

qui leur donne le titre honorifique de cuuphâm cat-tông, fonctionnaire du neuvième degré. Au bout de trois nouvelles années, ils peuvent être nommés fonctionnaires du huitième degré, et, après trois autres années encore, mandarins du septième degré. « Ces avancements, fait observer M. L. Villard, sont extrêmement rares : il suffit du moindre retard dans la rentrée des impôts, de la moindre faute commise, même à son insu, par un chef de canton, pour que sa proposition soit retardée de trois ans. ■

La commune (xa ou thon) s’administre elle-même ; elle est absolument indépendante du pouvoir central, avec lequel elle n’a que des relations bien définies. Elle peut posséder, acquérir, s’imposer extraordinairement, exécuter des travaux d’utilité publique, mais elle n’est point libre d’aliéner ses biens immobiliers. Elle lève les impôts pour le compte du gouvernement, et elle en est responsable. Elle est administrée par un conseil de notables, dont un maire, qui n’a par lui-même aucune autorité et qui n’est qu un simple intermédiaire entre la commune et le pouvoir central. Les notables se divisent en grands notables et petits notables, suivant qu’ils sont chargés de la direction ou dei la simple exécution des affaires ; ils forment toute une hiérarchie, qui varie selon l’importance et les ressources des communes.

La population des villages est répartie en deux groupes : 1° les inscrits sur les rôles, seuls électeurs et éligibles aux fonctions communales ; £° les non inscrits, corvéables à merci. Le chef du village établit les rôles d’impôt sous sa responsabilité.

Le chef des forces de terre et de mer est, après le roi, le grand maréchal du centre, qui a dans ses attributions la défense de la citadelle de Hué, résidence du monarque. Des officiers français, venus au service da Gia-Long, à la suite du traité conclu avec Louis XVI, par l’intermédiaire de l’évêque d’Adran, organisèrent a. l’européenne une armée de 6.000 hommes environ ; depuis, les rois d’Annam qui se sont succédé ont constamment voulu conserver cette troupe. Les régiments comptaient de 5 à 6.000 hommes lors de l’établissement de notre protectorat ; ils s’appellent et en Annam et co au Tonkin, La compagnie, formée de so hommes, est commandée par un seul officier qui donne à son gré les fonctions et les grades subalternes à ses soldats. L’état-major ne comprend que les trois grades de général (linh-binh), de sous-général (pho-vi en Annam, pho-co au Tonkin), et de capitaine. Les capitaines sont chargés de la garde des forteresses dans les provinces sur les frontières, et, sur tout le parcours de la grande route royale où sont les greniers du roi, de surveiller les distributions de riz qui s’y font pour le service du gouvernement annamite ; ils dépendent, dans chaque phû, d’un commandant, ou directement du général résidant au cheflieu de chaque province. En cas de guerre, un des grands mandarins est nommé par lo roi, en conseil des ministres, pour organiser les divers corps de troupes. L’armée annamite est composée de 20.000 hommes do troupes régulières, de 25 ou 30.000 hommes de milices provinciales, et de 10 à 15.000 hommes, concentrés autour de Hué, soit un total de 60.000 hommes environ sous