Page:Larousse - Grand dictionnaire universel du XIXe siècle - Tome 8, part. 2, Fj-Fris.djvu/312

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les sources minérales de France en six principaux groupes ou systèmes, non compris celui de la Corse. Le système de sources le plus important est celui des Pyrénées. En Europe, aucune chaîne do montagnes ne peut rivaliser avec la chaîne pyrénéenne pour le nombre et l’efficacité des eaux thermales et minérales de toute nature, sulfurées sodiques, sulfurées calciques, salines, ferrugineuses. En 1860, on comptait 554 sources minérales, dont 187 utilisées, jaillissant sur le versant français des Pyrénées. Ces eaux alimentent 83 thermes dans 53 stations thermales, à la tète desquelles se trouvent Bagnères-de-Bigorre, Bagnères-de-Luchon, les Eaux-Bonnes, Cauterets, Baréges, Amélie-les-Bains, etc. Less ources du plateau central et de l’Auvergne, au nombre de 200 environ, sont remarquables par leur uniformité de composition : le carbonate de soude associé au chlorure de sodium prédomine dans toutes les eaux chaudes de cette région, tandis que les eaux froides sont, presque sans exception, fortement chargées d’acide carbonique.(Dr Herpin.) Les eaux les plus fréquentées de ce groupe de sources minérales sont celles du mont Dore, de Vichy, de Néris et de Saint-Galmier, et, plus au nord, celles de Pougues. Le troisième groupe comprend les eaux qui jaillissent dans les régions accidentées du N.-O., la Bretagne, la Vendée, la Normandie, et se compose, en général, de sources ferrugineuses présentant dans leur composition des variations assez notables. Le groupe du N.-E., dans lequel on peut comprendre les Ardennes, les Vosges, les monts Faucilles, se distingue par des eaux renfermant pour la plupart une forte proporportion de sulfure de sodium : les sources sont, presque sans exception, ferrugineuses, salines ou sulfurées salines. Les eaux les plus fréquentées de ce groupe ou système des Alpes sont sulfureuses ou acidulées salines (Aix-les-Bains). Enfin, les sources qui jaillissent dans les plaines, loin des montagnes primitives ou volcaniques, sont relativement assez rares et ne jouissent que d’une faible vertu minéralisante.

Richesses animales. Les animaux domestiques sont : d’une part, les chevaux, les ânes, les mulets ; d’autre part, les bêtes à cornes, les moutons, les chèvres, les porcs. D’après M. Block, en comptant 1 bœuf, 1 cheval ; 10 moutons ou 4 porcs pour une tête de gros bétail, la répartition du bétail pour la France est de 34 par hectare et de 494 par 100 habitants.

Le nombre de têtes de gros bétail a presque doublé en France, de 1812 à 1866. D’après le recensement de 1858, il naît en France, année moyenne, 4 millions de veaux ; sur ce nombre, le dixième est emporté par les accidents ou la maladie. Dans le cours de la première année, 1,800,000 environ sont livrés à la boucherie, et 2,400,000 réservés à l’élevage. En 1840, on comptait, en France, 2,818,000 chevaux ; en 1850, 2,984,000 ; en 18G8, plus de 3 millions. On évalue à 1,500,000 environ le nombre des chevaux appliqués aux divers travaux agricoles. En 1860, il a été importé 7,180 chevaux et il en a été exporté 13,750. « Le mouvement du commerce des chevaux éprouve en France, dit M. Villermé, une tendance prononcée à. se diriger du nord vers le midi. C est par les frontières belges que se fait l’importation la plus active ; c’est vers l’Espagne et l’Italie que se dirige la plus grande partie de nos exportations. » On compte en France et en Angleterre 6 chevaux par 100 hectares de superficie totale, et 10 en Belgique ou 15 chevaux et 19 bêtes propres au travail par 100 hectares labourables. En 1839, on comptait en France 373,841 mulets, et 413,519 ânes ou ânesses. De 1827 à 1857, la France a exporté 29,330 ânes, 476,230 mulets ; elle a importé 40,860 ânes et 20,450 mulets.

Quant à l’espèce ovine, on comptait en France :

29,130,000 têtes en 1829.
32,151,000 têtes en 1839.
38,541,080 têtes en 1852.
30,386,233 têtes en 1866.

Il s’est donc opéré une assez forte diminution dans le nombre de ces animaux. Les bêtes ovines représentent un capital de 360 millions. La tonte donne par an une valeur de 220 millions. Les meilleurs moutons sont ceux des coteaux secs, dont l’herbe, fine et courte, est entremêlée de plantes aromatiques, et ceux du bord de la mer, connus sous le nom de prés salés, parce qu’ils s’imprègnent d’exhalaisons salines. On trouve les premiers dans le Berry, la Sologne, les Ardennes, l’Auvergne, le Languedoc, le Roussillon, etc. ; les autres, dans la Normandie, la Flandre, la Vendée, etc. Les races ovines ont été singulièrement améliorées depuis un siècle, sous le rapport de la laine, par l’introduction des mérinos d’Espagne. Les laines indigènes ne suffisent pas, néanmoins, à l’activité des fabriques françaises, et l’on importe annuellement plus de 24 millions de kilogr. de laines étrangères. L’Ile-de-France, l’Orléanais, le Rouergue, la Champagne, le Berri, l’Artois, la Picardie, nourrissent beaucoup de moutons.

On comptait en France :

4,910,721 porcs en 1839.
5,082,141 porcs en 1852.
5,203,000 pores en 1802.
5,789,624 porcs en 1860.

Le département ou l’on élève le plus de porcs est celui de la Dordogne. Les meilleurs jambons sont peut-être ceux de Bayonne, préparés avec le sel de Salies. On compte en France euviron 1,300,000 chèvres, qui sont principalerqent répandues en Corse, dans les Landes et dans la Provence, c’est-à-dire dans les districts pauvres et montagneux. La race a été améliorée par la croisement des chèvres du Thibet.

Aux produits donnés par tous ces animaux, il convient d’ajouter ceux qui provienent de la volaille ; leur valeur est estimée à plus de 150 millions. Les meilleures volailles sont celles du Maine, de la Bresse, du Périgord et de la Normandie. Dans le Languedoc et l’Alsace, on engraisse principalement des oies ; dans le Périgord, des dindes, etc. Il ne nous reste plus qu’à dire un mot des abeilles. En 1800, on évaluait à 2,200,000 le nombre des ruches ; elles produisaient, en miel, 6,670,000 kilogr., évalués à 5,550,000 fr. ; en cire, 1,620,000 kilogr, évalués à 2,870,000 fr. Pour compléter ce qu’il est utile de dire à propos de la faune de la France, nous devons nommer les animaux sauvages, nuisibles ou utiles qui l’habitent : l’ours (Alpes, Pyrénées), le lynx (Alpes), le loup, le sanglier, le renard, confinés dans les vieilles forêts de nos montagnes, sont à peu près les seuls mammifères sauvages qui restent dans notre pays ; parmi les petits, on compte : le putois, la belette, la fouine, le blaireau, la taupe, le hérisson, le rat, le loir, etc. On trouve encore l’écureuil dans les forêts des Vosges, la marmotte dans les Alpes et les Pyrénées, l’hermine dans les Vosges ; la loutre habite les bords de plusieurs rivières.

Le gibier est très-abondant ; on rencontre partout les lièvres, les lapins ; les chevreuils, es daims et les cerfs sont plus rares ; c’est seulement dans les plus hautes montagnes que l’on trouve l’isard et le chamois. On estime la valeur vénale des animaux sauvages tués chaque année, en France, à 30 ou 40 millions de francs. La France possède à peu près toutes les espèces d’oiseaux qui vivent en Europe. Outre les volatiles de basse-cour, on trouve la perdrix dans les plaines et les bois ; la gelinotte, dans les montagnes ; la bécasse, dans les étangs ; dans les vergers, le bouvreuil, la fauvette ; partout les moineaux, les pinsons, les merles, etc. On ne rencontre guère le becfigue et le flamant rouge que dans le Midi, Parmi les oiseaux malfaisants, on trouve partout les pies, les corneilles, les corbeaux, les milans, les éperviers ; on ne voit guère que dans les Alpes et les Pyrénées l’aigle et le vautour. Parmi les oiseaux voyageurs, il faut citer l’hirondelle, l’alouette, la tourterelle, la grive, l’ortolan et la caille ; sur les bords des étangs, les vanneaux, les pluviers, les outardes, etc. Les reptiles sont en petit nombre ; l’aspic et la vipère sont dangereux. La couleuvre et le lézard sont assez communs, ainsi que les grenouilles, le crapaud de diverses espèces, la salamandre et même les tortues. Les poissons d’eau douce sont innombrables, et il serait trop long de citer ici le nom de toutes les espèces qui habitent nos rivières. Quant aux produits de la pèche maritime, nous mentionnerons seulement la raie, le turbot, le saumon, la sole, le maquereau, et surtout le merlan et la sardine. La pèche de ce dernier poisson rapporte plus de 2 millions aux pêcheurs bretons.

Industrie. « L’industrie française, dit M. Lavallée, déjà, si florissante dans le xviie et le xviiie siècle, a pris depuis cinquante années un prodigieux développement, et la France est aujourd’hui une des trois grandes nations manufacturières du monde. Si elle le cède à l’Angleterre pour la fabrication des machines, le nombre et le bon marché de certains produits, les faciles débouchés que ces produits trouvent dans d’immenses possessions coloniales ; si elle accepte la concurrence de l’Allemagne pour la fabrication des tissus, des poteries, des instruments de fer, elle n’a pas d’égale pour toutes les industries qui exigent de la grâce, de l’élégance, pour tout ce qui est affaire d’art plutôt que de métier, et tous les peuples du monde achètent, imitent ou envient ses produits, où le prix de la matière est centuplé par l’habileté et le goût de l.’ouvrier. » Au premier rang de l’industrie française, il faut placer les articles de Paris, c’est-à-dire la fabrication des bronzes et des plaqués, la bijouterie, l’orfèvrerie, l’horlogerie, l’ébénisterie, la tabletterie, la librairie, les instruments de musique, de chirurgie, de mathématiques, la quincaillerie, la coutellerie, les modes, les fleurs artificielles, la carrosserie, l’ameublement, la passementerie, etc. Viennent ensuite les tissus de soie et de coton, de lin, de laine. La production de la soie et sa transformation en étoffes constituent l’une de nos principales richesses industrielles et agricoles. On peut évaluer à plus d’un milliard et demi le mouvement des valeurs auxquelles la soie donne lieu en France.


Voici la distribution de la population industrielle entre les divers groupes de produits, d’après le recensement de 1866.

désignation des industries. ouvriers avec leurs familles. patrons, ouvriers et leurs familles.
hommes.
femmes.
Industrie des bâtiments
500,555
300,376
2,120,369
           textile
531,621
689,911
1,946,680
           de l’habillement
279,153
529,127
1,930,633
           de l’alimentation
138,723
77,030
1,664,246
           des transports
183,563
117,560
1,197,348
           des objets de métal
150,368
100,933
457,499
           métallurgique
60,116
48,965
136,894
           des mines et carrières
126,062
98,701
369,266
           du bois
49,953
29,468
263,808
           céramique
69,502
53,079
205,573
           de luxe
48,899
39,402
140,297
           de l’ameublement
42,265
31,739
125,997
           relative aux sciences et arts
44,595
37,556
119,717
           du cuir
37,470
26,808
102,982
           des produits chimiques
21,991
16,284
59,249
           de guerre
15,372
13,254
54,653
           de l’éclairage
14,130
10,312
48,397
Industries diverses
16,083
14,558
54,319
Totaux
2,331,121
2,235,061
10,997,927


En 1860, M. Block (Statistique de la France) évaluait ainsi qu’il suit la production de l’industrie française :

produits minéraux, chimiques, etc.
Millions de fr.
Mines et carrières
265
1,077
Industrie des fers
292
Bijouterie, orfèvrerie
200
Métaux et ouvrages divers
154
Produits chimiques
80
Arts céramiques
86
produits végétaux.
Chanvre et lin
250
3,506
Coton
630
Industrie de l’alimentation (sucres, boissons, vins, alcools, cidre, vinaigre)
2591
Bois
35
produits animaux.
Soie
1200
2,614
Laines
921
Peaux, cuirs
400
Os, ivoire, colle forte
30
Pêche
63
industries diverses.
Bâtiment
870
5,493
Ameublement
548
Habillement
1369
Tissus mélangés
330
Dentelles et broderies
90
Industries des matières grasses
156
Papeterie, imprimerie
60
Autres industries
500
――――――
Total général
12,692


L’industrie houillère s’est considérablement développée depuis le commencement du siècle. La progression a été surtout remarquable dans ces dernières années :

1858
6,600,000
francs.
1862
9,000,000
1864
11,200,000
1867
12,360,000
1868
12,804,100


La production de 1857 s’est ainsi répartie dans les principaux bassins (pour 1,000) :

Loire
0,280
Valenciennes
0,242
Alais
0,096
Creuzot et Blanzy
0,070
Aubin
0,046
Commentry
0,056
Divers
0,201


Il existe en France près de 40 concessions d’asphalte, comprenant une superficie de 28,287 hectares. L’extraction des tourbières occupe de 50,000 à 55,000 ouvriers. La production des mines de fer a été, en 1859, de 3,500,000 tonnes, d’une valeur de 12,000,100 fr. Les carrières faisaient vivre 165,804 individus en 1861. A la même époque, les mines de sel gemme occupaient 2,090 individus, et la prouction du sel marin 12,820 personnes. Les mines de sel gemme existent surtout dans les départements de l’Est. Les sources salées se rencontrent principalement dans l’Ariége, les Basses-Pyrénées, le Doubs, la Meurthe et la Moselle. La plus grande partie du sel provient des marais salants qui couvrent nos côtes.

L’industrie cotonnière, qui comprend la fabrication des calicots, percales, rouenneries, mousselines, tulles, velours de coton, etc., est presque entièrement de création moderne. La Normandie, la Flandre, l’Alsace sont les principaux centres de cette industrie, dont les produits étaient évalués, en 1860, à près de 400 millions de francs. La fabrication des toiles est ancienne en France. Elle a principalement pour centres la Flandre, la Normandie, la Bretagne. Les toiles fines, les batistes sortent de Valenciennes, de Saint-Quentin, de Cambrai ; les toiles ordinaires de Lisieux, de Guingamp, de Cholet, de Fécamp, etc. ; les coutils et le linge de table, de la Flandre ; les dentelles, de Valenciennes, de Lille, d’Alençon. L’ensemble représente une valeur de près de 400 millions de francs.

« La manufacture de laine, dit Porter, est depuis longtemps pour la France l’une des branches les plus importantes de son industrie : sur toutes les places du globe, la draperie française occupe le premier rang. » Cette industrie, qui date principalement de Colbert, mais qui n’a pris d’extension que depuis l’introduction des mérinos d’Espagne, consomme plus de 70 millions de kilogrammes de laine, dont la moitié est importée de l’étranger, et donne une valeur de plus de 930 millions de francs. La filature se fait principalement à Reims, à Tourcoing, à Amiens, à Rethel, etc. Cette industrie comprend, non-seulement les draps qui se fabriquent à Sedan, à Elbeuf, à Louviers, à Lodève, à Carcassonne, etc., mais les mérinos, les flanelles, les mousselines et les satins de laine qui sortent des fabriques de la Flandre et de la Picardie ; les tapis se fabriquent à Aubusson, à Abbeville, à Amiens, à Tourcoing ; les châles à Paris et à Lyon ; la bonneterie dans la Picardie, etc. À la suite de l’industrie si multiple et si active des tissus, il faut nommer celle des cuirs et des peaux, qui donne des produits ayant, d’après le rapport de l’Exposition de Londres, une valeur de 300 millions de francs ; ce chiffre est aujourd’hui dépassé ; on l’évalue à près de 400 millions. Nous avons précédemment parlé de l’industrie métallurgique en France ; nous devons ajouter ici la construction des machines, qui se fait à Paris, au Creuzot, à Mulhouse, à Lille ; la fabrication des armes, dont le siège principal est à Saint-Étienne, à Tulle, à Mutzig : les porcelaines (Sèvres, Chantilly, Limoges) ; les verreries (Rive-de-Gier, Alais, Choisy-le-Roi, etc.) ; les cristaux (Baccarat et Saint-Louis) ; les glaces (Saint-Gobain). Il faut nommer enfin la fabrication des produits chimiques, dont la valeur est évaluée à près de 55 millions de francs, et dont les centres sont les départements de la Seine, des Bouches-du-Rhône, du Nord ; celle des papiers, qui sortent principalement des fabriques de Seine-et-Marne, de Seine-et-Oise, de la Charente, de l’Ardèche, etc. Pour compléter ce rapide aperçu de l’état de l’industrie en France, nous dirons que l’ensemble des valeurs créées par l’industrie française représente plus de 5 milliards, et que le nombre des machines à vapeur s’est élevé, en 25 ans, de 7,000 à 25,000.

Commerce intérieur et extérieur. Navigation. Paris de commerce. Banques et compagnies financières. Le commerce de la France est très-considérable, et il n’y a rien là qui étonne, quand on songe qu’elle possède une immense étendue de terrain et que son sol est essentiellement agricole. « Ce commerce, dit M. Block, embrasse dans sa sphère l’ensemble des transactions de toute nature qui interviennent entre les individus d’une même nation. Ces opérations dépassent de beaucoup celles du commerce extérieur, et l’on peut dire, sans exagération, qu’en France les premières sont au moins décuples des secondes. En effet, le commerce extérieur ne sert qu’à compléter les approvisionnements du pays ou à écouler le superflu de la production. Que l’on songe à l’énorme mouvement d’affaires qui a lieu chaque année entre les 39 millions d’habitants de la France ; que l’on considère qu’il n’est pas pour ainsi dire d’objet qui, avant d’arriver à la consommation, ne passe par trois ou quatre intermédiaires et ne donne ainsi lieu à plusieurs opérations commerciales ; que l’on ajoute à ces achats et à ces ventes effectives les opérations de banque et les institutions de crédit, qui sont les auxiliaires du commerce, et l’on reconnaîtra qu’il n’y a rien d’excessif à attribuer une valeur approximative de 30 ou 40 milliards au mouvement du commerce intérieur. »