Page:Lautreamont - Chants de Maldoror.djvu/51

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noblesse de ton corps. Quoi qu’il en arrive, je saurais à quoi m’en tenir. Ces cheveux sont les plus beaux que j’aie touchés dans ma vie. Qui serait assez audacieux pour constater que je ne connais pas la qualité des cheveux ?

— Que me veux-tu, quand je creuse une tombe ? Le lion ne souhaite pas qu’on l’agace, quand il se repaît. Si tu ne le sais pas, je te l’apprends. Allons, dépêche-toi ; accomplis ce que tu désires.

— Ce qui frissonne à mon contact, en me faisant frissonner moi-même, est de la chair, à n’en pas douter. Il est vrai… je ne rêve pas ! Qui donc es-tu, toi, qui te penches là pour creuser une tombe, tandis que, comme un paresseux qui mange le pain des autres, je ne fais rien. C’est l’heure de dormir, ou de sacrifier son repos à la science. En tout cas, nul n’est absent de sa maison, et se garde de laisser la porte ouverte, pour ne pas laisser entrer les voleurs. Il s’enferme dans sa chambre, le mieux qu’il peut, tandis que les ombres de la vieille cheminée savent encore réchauffer la salle d’un reste de chaleur. Toi, tu ne fais pas comme les autres ; tes habits indiquent un habitant de quelque pays lointain.

— Quoique je ne sois pas fatigué, il est inutile de creuser la fosse davantage. Maintenant, déshabille-moi ; puis, tu me mettras dedans.

— La conversation, que nous avons tous les deux, depuis quelques instants, est si étrange,