Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/108

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une ombre légère que brodaient de perles et de lamelles d’or les rayons filtrant au travers des branches comme à travers les jours de dentelles vertes. Et dans ce fouillis délicat de verdures naissantes, fleurant bon le printemps, s’abritaient et disparaissaient, vues de loin, les vieilles maisons du bourg tout réjoui et ceint d’une couronne de platanes dont les cimes se balançaient au-dessus des toits noirs.

Les instituteurs se dirigèrent vers un café. Jean les suivit à la remorque, ne pensant plus et sans se préoccuper de la dépense qu’il allait faire. Dans un grand besoin d’affection, il aurait voulu être là-bas, à Maleval, afin d’embrasser les siens et de pleurer avec eux pour se soulager dans sa détresse. Sur le seuil du café, Bertrand, escorté d’autres stagiaires, s’arrêta et serra les mains à ses collègues.

— Au revoir, — dit-il, — on se va ballader et humer le soleil comme des vieux.

Et comme on l’invitait à entrer :

— Ah ben oui ! il y a belle lurette que le boni a fichu le camp. On est à la fin du mois, n’est-ce pas, ma vieille ? Aussi on ne se paie plus qu’une consommation d’air pur… C’est meilleur pour la santé. Bonjour à tous, nous allons tricoter des guibolles, vers là-bas.

Il s’éloigna, tandis qu’on riait.

Au café, comme tout à l’heure pendant le déjeuner, les mêmes causeries et plaintes recommencèrent, tant le mécontentement était général. La communication faite par l’inspecteur, à propos de la pénurie de candidats à l’école normale, servait de thème.

— Si les écoles normales sont désertées, — disait l’un, — tant pis ou plutôt tant mieux. Pourquoi avoir fait naître tant d’espérances irréalisées ? On nous a promis monts et merveilles et on ne fait rien… Et dire qu’en haut lieu on feint de se casser la tête pour trouver les causes du dédain que l’on montre pour la profession d’instituteur ! De causes,