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JEAN COSTE

Puis, après avoir fait quelques pas pour s’éloigner, il se retourna et, aimable et prévenant :

— Mais faites mieux, monsieur Coste, — dit-il. — Passez chez M. l’inspecteur primaire — il prononça ces mots en s’inclinant avec déférence et en faisant rouler les r — et demandez-lui de vous laisser préparer votre déménagement. Vos élèves sont encore peu nombreux. En attendant l’arrivée de votre remplaçant, chacun de nous va être obligé d’en prendre une partie. Or, que ce soit dès aujourd’hui ou demain, peu importe... Vous pourrez donc dire à môssieu l’inspecteur que le service est assuré et que je ne vois aucun inconvénient à ce que vous vous occupiez de votre départ sans avoir à revenir en classe.

Coste remercia.

— Est-il aimable aujourd’hui, le singe ! — dit-il à voix basse à ses collègues, en leur serrant la main, pendant que le directeur s’éloignait. — On voit bien que je fiche le camp. Sûr, qu’il était renseigné ; avez-vous remarqué ses airs et ses prévenances gouailleuses ?... Ah ! l’animal ! s’il a hâte de me sentir loin, je le regrette peu, le père Largue... Je vous souhaite ses bonnes grâces...

Les adjoints sourirent.

— Oui, à condition de faire son piquet, le soir, — dit l’un... Merci, ce qu’on s’en fiche du bonhomme et de ses paroles melliflues et pédantes... Il peut nous attendre...

Coste se retira.

Plusieurs de ses élèves l’arrêtèrent, l’un demanda :

— Est-ce vrai, m’sieu, que vous partez ?

— Oui, mes amis.

En un instant, la nouvelle se répandit dans les groupes d’enfants. Mais, avec l’indifférence de leur âge et une fois leur curiosité satisfaite, ils reprirent vite leurs ébats, sans laisser même apercevoir sur leurs roses figures, animées par le jeu, un regret furtif pour ce maître qui s’en allait et qui,