Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/121

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— Qu’elle essaie, d’ailleurs, et nous verrons bien… Mais voici qu’au milieu du silence où vient de retomber la maison, des voix d’enfants résonnent :

— Petite mère ! petite mère ! des fleurs jolies pour toi.

Jean rentre, joyeux de la bonne promenade qu’on a faite, joyeux de la gaîté des enfants et de retrouver le logis calme comme il l’avait laissé.

Mais en entrant dans la cuisine, il voit la chaise renversée, Louise seule tout en pleurs, les traits tirés et si pâle, si pâle !

— Ah ! mon Dieu ! — gémit-il.

Son cœur se serre. Lui qui arrivait avec de la joie ! Il s’approche de sa femme. Louise le repousse d’abord, puis, très malheureuse, éclate en sanglots et enfin lui raconte la scène qui vient d’avoir lieu.

Jean sent une atroce souffrance le poindre au cœur.

— C’est trop, c’est trop ! — fait-il dans un sanglot.

Rose et Paul, leur bouquet de fraîches fleurs des champs à la main, étonnés par ce changement brusque, regardent effarés, avec une envie de pleurer eux aussi. Dans leur berceau, où Jean les a déposées, les bessonnes gazouillent, agitant drôlement leurs petits bras. La chambre de Caussette demeure silencieuse. L’heure du dîner approche.

— Paul, — dit Jean, — va prier grand’mère de venir à table.

La porte est fermée. Le garçonnet frappe de son petit poing.

— Grand’mère, viens dîner, je te prie !…

— Je ne veux pas dîner… j’ai pas faim… va-t’en ! — s’écrie Caussette en entr’ouvrant sa porte.

Jean se décide à aller chercher lui-même sa mère. Il la trouve assise de nouveau sur sa malle, dans une attitude hostile. En vain il la supplie ; elle refuse, s’entêtant, par ces mots :

— Non, non, je n’ai pas faim.