Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/144

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cendait » plus à Maleval, car l’instituteur avait soin de, lui envoyer par un élève les rares pièces exigeant une signature.

— Tiens ! quel bon vent vous amène ici, monsieur le maire ?

M. Rastel, tout en soufflant comme un phoque, s’informa de la santé de sa filleule, bonhomme comme à l’accoutumée, mais pourtant avec une autre préoccupation sur sa large face d’où ruisselait la sueur.

Dans la salle de la mairie, le gros homme, à bout de souffle d’avoir monté l’escalier, s’écroula lourdement sur une chaise dont il fit craquer les barreaux. Puis, avec un ample mouchoir à carreaux rouges, il s’épongea les tempes et le front.

— Vous savez, — dit-il enfin, — ça va mal.

— Eh ! quoi donc ? — demanda Coste surpris.

— Pardi ! les élections… Nos adversaires se remuent dans l’ombre… coûte que coûte, ils veulent revenir à la mairie..., nous balayer, quoi !

— Mais puisque le pays est républicain ?

— Euh ! euh ! on voit bien que vous vous occupez peu de ce qui se passe… Trop peu même… Cependant, il faudrait vous grouiller, que diable ! et agir… vous y êtes intéressé autant que nous… Un mois encore et l’on vote… donc, pas de temps à perdre.

Et comme Jean le contemplait, ébaubi :

— Vous savez, — poursuivit le maire en continuant à s’éponger le front, — ils ne vous aiment guère, les culs-blancs… Ils prétendent que quoique vous vous agitiez moins que votre communard de prédécesseur, vous ne valez pas plus que lui… certains d’entre eux assurent même que vous avez peur.

— Peur ! et de quoi ? — s’exclama l’instituteur n’y comprenant rien.

— D’eux !… et parce que vous faites la cour au curé.