Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/149

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Intéressés par tout ce mouvement, des groupes de paysans se formaient là, chaque soir, puis, leur curiosité satisfaite à regarder les visages inconnus des voyageurs, y demeuraient en attendant l’heure du dîner. Ils reprenaient leurs causeries ou leurs discussions au grand air tout parfumé des senteurs de la montagne ou bien s’asseyaient autour des tables du café. À cette époque d’élection, ils s’y réunissaient plus nombreux.

Goste ne manquait jamais plus de se trouver à cet endroit. Il allait de groupe en groupe et se dépensait fort en paroles. Mais comme il ne s’était jamais occupé de politique militante à Peyras, où la lutte des partis n’existait plus, il se montrait peu retors et faisait force impairs. Peu s’en fallut aussi qu’il ne se disputât avec certains conservateurs, qu’exaspérait le zèle naïf et un peu brouillon de l’instituteur.

Maintes fois, Coste, en revenant de ces réunions en plein air, rencontrait l’abbé Clozel, lisant son bréviaire devant l’église, aux dernières lueurs du soleil couchant. Très indifférent à ce qui se passait, car républicains et conservateurs fréquentaient également les offices tous les dimanches, le curé affectait de parler à Coste de choses en dehors des prochaines élections.

Cependant, un soir, il crut bon de lui dire :

— Mon ami, vous êtes imprudent… Vous devriez comme moi restera l’écart… Voyez-vous, toutes ces luttes ne valent rien pour nous. Nous y perdons notre considération et l’estime de bien des gens.

Coste s’excusa, rappela les menaces qu’on lui avait faites.

— Vous comprenez, monsieur le curé, que j’ai tout intérêt à ce que M. Rastel continue à être maire de Maleval.

— Oui, oui, je comprends… et je vous plains. Mais croyez-en mon expérience, soyez moins ardent, plus rassis. En somme, il n’y a pas de question de principe engagée à Male-