Page:Lavergne, Jean Coste - 1908.djvu/181

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se consumait dans l’oisiveté et se promenait, lui gueux et misérable, dans les champs, à travers bois, comme un riche, tenant à la main un livre qu’il lisait sans comprendre.

Et parfois sur sa route, il rencontrait soit un vieux paysan courbé sous son fagot de bruyères, soit une vieille femme portant un panier de raisins fraîchement cueillis, dont elle offrait une grappe aux enfants. L’un et l’autre s’arrêtaient à causer avec Jean et il n’était pas rare qu’au cours de la conversation ils fissent, sincèrement et sans penser à mal, cette réflexion :

— Bon métier que le vôtre, monsieur Coste. Des vacances tant que vous en voulez… Ah ! vous n’avez pas aux mains des durillons comme ça.


XXVII

Le premier jour de la rentrée, le père d’un de ses élèves vint le trouver et lui dit :

— Voici que le petit est dans ses quinze ans. Son intention est d’entrer à l’école normale de Montclapiers, s’il réussit au concours… Je suis venu vous voir pour cela…

— Ma foi, — répondit Coste, —voulez-vous un bon conseil ?

— Ce n’est pas de refus.

— Eh bien ! ne donnez pas suite à votre idée.

— Pourquoi donc ? — s’écria le paysan abasourdi.

Coste lui fit alors la peinture, plutôt exagérée, du sort d’un instituteur à ses débuts.

— Oui, — conclut-il, — je vous le dis franchement. Faites de votre fils tout ce que vous voudrez, un ouvrier plutôt, mais pas un instituteur, si vous désirez qu’il soit heureux.